Nantes en état de siège hier, par la volonté du gouvernement

Forces armées de l’Etat contre expression populaire pacifique.
Nantes, 22 février 2014 – Manifestation contre l’Ayraultport.

Dénonciation citoyenne d’une embuscade organisée et provoquée par l’Etat et ses représentants pour discréditer un mouvement d’opposition et casser un élan collectif qui gagne de l’ampleur (nous étions entre 50 et 70 000 hier à Nantes), et qui a fait des blessés dans ses rangs.

La crainte de débordement était prévisible, mais la charge si rapide de CRS et la soudaineté et violence de l’affrontement, non !

Un rassemblement commencé dans une atmosphère très fraternelle, conviviale, musicale et festive : paisible, de bonne humeur et joyeuse. Des rencontres, des échanges entre amis ou inconnus, réunis pour une même et unique cause, venus de partout en France, mais majoritairement de l’ouest.

Nantes Poppies tracteurLe cortège démarre, cadré de forces de l’ordre qui avaient bouclé le centre ville.

Nantes Poppies convivialite

Des slogans taggués sur les vitrines – dont celles d’une agence Vinci – sur les murs longeant le cortège, par des ZADistes organisés (il y a plusieurs groupes à la ZAD, d’expressions différentes ; évitons l’amalgame). De la fumée monte dans le ciel, au départ du cortège. Au bout, deux grues en feu et d’autres biens symbolisant Vinci détériorés, et soudain, nous arrivons près des affrontements violents entre quelques dizaines de personnes – Probablement des totos, des antifas et un petit groupe de ZADistes excédés par la pression policière quasi-continue depuis plus d’un an ; voire même des policiers ou membres de la BAC en civil [nous avons vu un véhicule de la BAC arriver sur le site] , chargés par le gouvernement de provoquer les manifestants – et un millier de CRS et policiers (selon la Préfecture…) . Disproportionné.

Des forces de l’ordre qui empêchent un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes de continuer à défiler calmement, sous prétexte de veiller à la sécurité des populations, à qui l’ordre a été donné de charger vite et brutalement, sans discernement, dans une zone bouclée par décision préfectorale (grilles, policiers, CRS).

Nantes Poppies 9 flash 1 face a 15Des milliers de personnes manifestant calmement se retrouvant rapidement (vers 14 h 30 / 15 h) quasi encerclées par les tirs de gaz lacrymogènes ou grenades assourdissantes, acculés dans une souricière ceinte de grillages ou de forces du désordre afin de regrouper et de terroriser un maximum de manifestants.

Des gaz et grenades jetées avec manque de discernement, nous sommes acculées à reculer, à nous écarter du cortège, tandis que les organisateurs – la coordination des opposants, menée par l’ACIPA et la Conf Paysanne – tentaient de trouver des issues sûres pour éloigner, sécuriser et protéger des dizaines de milliers de manifestants, dans des rues où le préfet avait interdit toute entrée.

Nous avons tenté, en vain – car n’ayant aucune autorité et que les organisateurs étaient fort occupés à gérer la soudaineté de la situation – de faire asseoir des manifestants observant abasourdis l’avancement des CRS et des lacrymos, afin de montrer notre pacifisme et d’atténuer une violence qui ne demandait qu’à s’exprimer, des deux côtés.

Parmi les otages, des enfants, des personnes âgées, choquées, déboussolées, abasourdies, et blessés. Figée de stupeur, la foule gênée par un air saturé de gaz lacrymos recule, assistant impuissante à une offensive démesurée entre des centaines de CRS armés de lances à eau et de Flash-balls et des petits groupes de guérilleros excédés jetant pavés ou bris de verres… (des CRS autorisaient les photos, mais n’avaient pas le droit de donner le nom de l’arme qu’ils portaient ; l’arme ci-dessous s’avère être des LBD 40, Lanceur de Balles de Défense de 40 mm, catégorie de flash balls (1) qui sont des armes « à létalité atténuée » !!)

Nantes Poppies 9 flash ballsEn centre-ville, certaines personnes assises en terrasses où se trouvaient également des enfants et des personnes âgées, lieux en théorie protégés par les forces de l’ordre, ont reçu des gaz lacrymogènes dans les yeux.

Nantes Poppies 9 gaz 1

Démunis, choqués, nous reculons et continuons à observer pour témoigner, sachant que la désinformation circulera rapidement par les grands médias à la solde de la finance et du gouvernement. Reporterre et la Gazette de la Presqu’île avec le communiqué de l’ACIPA, ont couvert la journée avec plus de liberté d’expression.

Il est de notre devoir, nous citoyens manifestants pacifiques, de dénoncer cette violence policière orchestrée par le gouvernement, dans le but de discréditer et de casser un mouvement.

Et bien au contraire, cette imposture gouvernementale nous renforce dans notre lutte contre ce projet d’Ayraultport. Nous sommes de plus en plus nombreux à être déterminés à continuer cette lutte – chacun à sa manière.

Ce mouvement est riche de la diversité des expressions de son mécontentement. Pour ma part, je comprends – même si je ne l’accepte pas – l’excès de violence de la part d’une minorité de militants excédés, sous pression depuis plus d’un an. Le gouvernement ne veut pas entendre cette contestation ; il me semble légitime qu’une forme de fureur minoritaire en vienne à s’exprimer.

Et malgré cette violence, nous, grande majorité de manifestants pacifistes, sommes heureux de l’ampleur qu’a pris le mouvement (entre 50 et 70 000 personnes hier, plus encore qu’à la chaîne humaine en mai dernier) et de l’esprit majoritairement paisible, fraternel, convivial et festif de ce grand rassemblement qui nous renforce dans nos convictions et notre détermination.

Nantes Poppies 4

Sur la route du retour, nombre d’entre nous ont remercié et encouragé bruyamment (par les klaxons et des cris) et chaleureusement les centaines de personnes de la Confédération Paysanne rentrant en tracteurs dans le froid vers Notre-Dame-des-Landes.

Merci également à la coordination des opposants pour la qualité d’organisation de ce rassemblement et sa réactivité face à la soudaineté de la violence. Et à tous ceux qui ont ou vont apporter leurs témoignages de l’intérieur via les réseaux sociaux ou autres médias, et dénoncer les pratiques de l’Etat et la désinformation des « grands » médias. Et fortes pensées pour toutes les personnes choquées et blessées hier après-midi, alors qu’elles exprimaient pacifiquement leur contestation.

On ne lâche rien, on est encore plus déterminés !

Marie Tréanton
aidée par les analyses de l’amiE Vincent
et d’inconnus rencontrés hier à Nantes,
dont K-ro Rainbow, Enguerrand, Dominica
Photos : Poppies

(1) : à propos de l’utilisation des Flash-balls et du danger de mort qu’elles représentent, voir l’infographie du Monde. Une proposition de loi du 29 mai 2012 vise à interdire l’usage de cette arme s’étant révélée mortelle à plusieurs reprises…

Dernières minutes :
- Info reçue ce dimanche midi, d’un représentant de l’ACIPA :
« On vient d’apprendre qu’un jeune homme de 28 ans a perdu un oeil suite à l’éclatement d’une des nombreuses grenades assourdissantes. Il n’avait rien à voir avec les violences générées en marge de la manifestation.

C’est terrible ! »

- Et de nombreux témoignages inter-comités affluent ; l’un d’entre eux :
« 
(…) D’autre part, tout près de l’espace de prise de parole, nous avons été témoins d’une charge de CRS alors que personne ne les agressait et ne les provoquait davantage.  Après s’être replié, face à la détermination d’un ancien qu’ils ne pouvaient matraqués vu le nombre de témoins, ils ont lancé une vingtaine de bombes lacryms alors qu’il y avait des gosses et des personnes âgées. Une gosse de notre comité a été gazée, si c’est une black-bloc, elle est vraiment précoce, elle a moins de 10 ans !… »

8 réflexions au sujet de « Nantes en état de siège hier, par la volonté du gouvernement »

  1. Merci Marie, pour ce compte-rendu édifiant et qui recoupe les autres témoignages. De mémoire, une phrase, celle de Julien Coupat, dont certains se souviennent sans doute, lorsqu’il fut le principal inculpé de l’arnaque policière de Tarnac : « Chaque connerie qu’ils font est une excellente nouvelle, parce que c’est un pas de plus vers leur défaite, et donc un pas de plus vers notre victoire. » Quelque chose comme ça.

  2. On étouffe la population de désinformation, on n’écoute pas la population, on censure quand ça ne plait pas. Merci de ce compte-rendu. Tout ceci me fait me rendre compte depuis qq temps que nous ne sommes plus en démocratie… Dans quel monde j’ai fait naître mon enfant…ça me fait peur…J’en pleurerais…

  3. Analyse très complémentaire de Vincent : « Retour sur la manif de Nantes du 22/02/2014 :
    « Je ne vais pas vous parler du déroulement de celle-ci en détail, juste des scenarii qui ont conduit à cette guérilla urbaine très localisé.
    L’etat français est en pointe sur le sujet et il est le conseiller de divers pays, on se rappellera la saillie d’Alliot Marie sur le sujet lors de la révolution arabe.
    Hier, tout était fait de la part de l’état via son autorité locale, la préfecture pour tout dégénère.
    - 1/ Le changement de parcours la vieille avec des restrictions et un parcours pour le moins « guérillerogène ».
    - 2/ La guerre du bruit qui a commencé bien avant la manif avec un hélicoptère en rotation à basse altitude et de multiples sirènes de voitures des forces de l’ordre, avant même que les entrées de la manif ne soient bouclées. Plus d’une heure avant le départ de la manif, nous ne pouvions pas nous entendre et le bruit de l’hélico raisonnait dans nos poitrines, les gyrophares des véhicules aidant, il régnait une atmosphère désagréable.
    - 3/ Faire partir la manifestation de la préfecture qui était bunkerisée par des barrières anti émeute et un nombre très important de crs, de policiers caparaçonnés.
    - 4/ Lancer le cortège dans une rue en entonnoir où se trouvait une boutique de Vinci, principal actionnaire et maitre d’œuvre du projet que nous dénoncions.
    - 5/ Dans la même rue, juste avant la dite boutique, deux immeubles face à face entièrement recouverts d’échafaudage qui auraient réellement pu permettre de monter des barricades très efficaces. Cela n’a pas été fait mais je pense qu’il est vraiment incroyable qu’ils nous aient fait démarrer par cette artère.
    - 6/ Des engins de chantier mené par le même Vinci, laissés sans protection alors que lors de précédentes manifs, au même endroit il y avait déjà eu du grabuge.
    - 7/ Toutes les rues adjacentes étaient fermées, soit par des cordons de crs, soit par des grilles anti émeute.

    De la part des jeunes en colère, il y a aussi une compétence réelle en guérilla urbaine avec des attaques très et uniquement ciblées sur Vinci et contre le capital (banques, assurances, boutiques réservées aux personnes ayant les moyens tel qu’une agence de voyage) et des slogans taggués sur les murs, très clairs sur leurs intentions. De fait face à l’organisation préfectorale, ils ont démarré très tôt, dans les premiers 500 mètres avec la boutique Vinci.
    De plus, bien avant que nous soyons partis (nous étions en queue de cortège), nous avons vu les volutes de fumée noire sans savoir à ce moment qu’il s’agissait de l’incendie de la foreuse. Ils ont donc mis le feu aux engins dès le début de la manif, débordant ainsi les crs qui pris de court ont perdu le sens des choses et gazé, tiré sur tout le monde, y compris les vieux et les enfants.

    Cela a eu pour conséquence stupide, dangereuse et irresponsable de couper la manif en deux au niveau de l’hôtel dieu, ne nous permettant pas de finir le parcours et de nous retrouver au cœur des échauffourées dans une souricière.
    Il n’y avait aucune possibilité de retourner en arrière ou d’avancer et encore moins de se réfugier dans le centre historique. Il ne nous restait qu’une grande artère pour partir mais étant dans le sens du vent, elle était complétement enfouie dans un brouillard lacrymogène et nous avons du aller bien loin en compagnie des mamies en pleur et d’enfants apeurés.
    Juste après, les crs ont pivoté sur le rond point et cette porte de sortie c’est elle-même refermées et lorsque nous sommes repassés, les crs étaient eux même comme encerclé sur le rond point par la foule bloquée là.

    C’est là que nous sommes restés à photographier afin que les crs arrêtent les tirs tendu (ce qui a été très efficace auprès de nous, aucun crs n’essayant plus lors de notre présence pacifique de faire des tires tendus), nous étions donc en fin d’après midi au cœur du dispositif policier, très proche d’eux et pouvions voir leur inefficacité, désorganisation et pour la plupart des crs leur fatigue et peur de se prendre un projectile.
    Finalement le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd compte tenu des incendies des engins de chantier dont le réservoir aurait pu exploser, dans la mesure où les pompiers n’avaient aucune possibilité de venir éteindre les feux et il aurait pu y avoir un ou des morts compte tenu de la violence des crs et de la panique.

    Pour notre part, nous avons essayé dès le début de faire assoir les gens mais comme il y avait les grenades assourdissantes, les lacrymo et les jets d’eau, cela n’a pas été possible.
    De la même façon, nous ne pouvions pas rejoindre les personnes de l’autre côté de la place dans la mesure où ils ont coupé la manif en deux, nous ne pouvions que constater ce que nous savions dès le départ, tout était fait pour que cela dégénère ! »

  4. Un Grand Merci à tous ceux qui ce sont déplacés de si loin merci de vos témoignages pour donner l’autre version de cette belle journée .Nous comité de Blain avons été interwiever par France info sur l’ile Gloriette Nous étions en début de la manif .Nous avons fait un grand déplacement nous avons passé La Loire a droite du C.H.U pour revenir par derrière le tribunal et repasser la Loire par le pont près des quais de la fosse et retour médiathèque quand on s’est aperçu que plus personne ne suivait . un vrai défilé carnavalesque de la créativité de la couleur , de la musique .comment les journaux et les télés peuvent faire l’impasse sur tous cela pourtant nous avons « été pris en photos ,filmés par FR3 ,BFM télé c’est bien de la manipulation.
    Restons mobilisés

  5. expliqué moi le pillage des vestiaires des conducteurs de bus et tram a commerce , le vol de papier perso et vetements merci cela fait avancer les choses et montre que la drogue c’est pas bon pour la santé les enfants!!!!de plus beaucoup de collegues etaient contre l’aeroport ,ETAIENT contre !bise

  6. Médias partout, informations nul part … Nous sommes des citoyens lambda, ce que nous avons vécu durant cette manifestation n’est que le triste reflet de ce que le pouvoir en place tente délibérément de museler, avec violence et force. La seule réponse que nous avons depuis le début des expulsions sur la zad n’a été que répression, intimidation, tentative de division.
    Nous ne comptons plus les blessés que ce soit pour défendre pacifiquement la forêt de Rohanne ou pour avoir participé à une manifestation festive, conviviale et intergénérationnel samedi dernier. L’énergie que nous déployons à nous faire entendre ne faiblit pas . Les barbouzes a la solde de Vinci tentent délibérément par tous les moyens de jeter le discrédit sur le mouvement des opposants, nous ne sommes pas dupe. Les grands médias ont passé sous silence toute cette créativité, cette énergie, cette foule joyeuse. Les masques de carnaval, les clowns, les hommes, femmes et enfants distribuant des documents sur les 130 espèces protégées menacées d’extermination sur la zad leur feraient ils peur ?
    les batukadas où les danseurs de gavotte représentent ils un danger ?
    Nous ne pouvons accepter le permis de tuer qu’ils s’octroient impunément !
    à bientôt les amis des tritons, salamandres, paysans , amoureux du bocage :-)
    nous notre force c’est celle de nos conviction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

6 + = 7

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>