Une ‘tite soupe

Voilà la recette d’une soupe veloutée châtaignes-andouille. Pas léger-léger, mais comme on dit au Québec, « ça fait sa job » !
Je frime totalement, car elle m’a valu le deuxième prix d’un concours de soupe associatif, amical et très sympathique ! J’ai gagné une bouteille de rouge. C’était cool ! Bon, ça tombe peut-être comme un cheveu sur… Ah bin non, merde, comme une soupe sur… Flûte ! Bref, j’avais envie de la partager avec vous. Un peu d’andouille dans ce monde de cochons où y’a des châtaignes qui se perdent !

Alice

 Velouté châtaignes-andouille (pas d’saison, mais très bon)

Pour environ 2 litres – 2 litres 1/2 de velouté:

- 1 oignon
- trois grosses boîtes de châtaignes cuites, soit environ heuuu… ça doit faire dans les 300-400 grammes la boîte… 1 kg, 1,2 kg ?
- 600 grammes d’andouille, au moins (Vire ou Guéméné, comme on veut: j’avais mis celle de Vire)
- 1/2 tablette de bouillon de légumes
- quelques brins et feuilles de céleri-branche (l’équivalent d’un quart de branche avec ses feuilles)
- itou de persil, trois-quatre brins avec leur tige (très goûteuse)
- de la crème d’avoine, mais on peut mettre de la crème liquide tout court aussi
- du zeste de combava râpé, une pincée ou deux
- 2 à 3 litres d’eau

Attention : ni sel ni poivre ! L’andouille se charge de tout !

1) Faites fondre l’oignon émincé dans un peu l’huile d’olive. Ajoutez 2 boîtes 1/2 de châtaignes et les 2/3 de l’andouille détaillée en cubes. Mélangez.

2) Mouillez avec environ 2 litres d’eau: l’ensemble doit être bien recouvert. Ajoutez la demie-tablette de bouillon, le persil et le céleri. Laissez mijoter tranquillou un quart d’heure-vingt minutes.

3) Au bout de ce temps, le céleri doit être tendre et les châtaignes se défaire très facilement. Retirez du feu, mixez le tout: la texture devient celle d’une purée un peu liquide. Rajoutez progressivement de l’eau jusqu’à obtenir la consistance « velouté » souhaitée, et mixez entre chaque ajout.

4) Ajoutez alors la crème d’avoine, 10 cl environ: l’avantage est qu’une crème végétale « tourne » moins facilement quand on réchauffe le plat (du moins, c’est mon opinion et je la partage). Mélangez bien. Rectifiez l’assaisonnement, comme on dit dans les bouquins: normalement, l’andouille sale et poivre suffisamment, mais on ne sait jamais…

5) Saupoudrez prudemment de zeste de combava râpé ou moulu (finfinfin), goûtez: mieux vaut pas assez que trop, surtout si vous faites la soupe la veille pour le lendemain. C’est fort, ce truc-là, et plus la soupe attendra, plus les arômes se développeront ! Si vous ne dégottez pas de combava frais, vous pouvez vous rabattre sur du sec -beaucoup moins bon, mais pas si mal. Sinon, testez le zeste de citron vert, beaucoup plus facile à trouver.

6) Enfin, ajoutez le reste de châtaignes que vous aurez préalablement brisées, ainsi que le reste d’andouille finement déchiqueté (voui, c’est sauvage, hein ?): cela apportera de la texture !

Pour le service, prévoyez de la bonne crème fraîche épaisse (type D’Issigny, miam-miam) et un peu de persil haché: une cuillerée de celle-ci et une pincée de celui-là égaieront votre assiette !

Si quelqu’un a une idée de vin pouvant se marier avec ce velouté, je suis toutouïe.

7) Post-Souptum : si l’idée d’ajouter du zeste d’agrume à votre velouté châtaigne-andouille vous effraie ou vous semble sacrilège, faites un essai dans un petit bol à part. Honnêtement, c’est une idée qui m’est venue comme ça, le jour où j’ai préparé ma soupe: ça n’était pas dans la recette originale. J’ai juste tenté un petit coup de poker, en somme !

Chanson pour endormir
les enfants sauvages

Ça se pêche où ça se chasse
Une baleine à moustache
Ça s’attrape par la queue
En lui crevant les yeux
Où en lui brisant l’échine
Comme une simple sardine

Et le gentil dauphin
Qui joue au sous-marin
Quand il va remonter
Faut-il le harponner
Où lui dire Flipper
Viens manger ton Kinder

Le grand cachalot
Qui rêve sur le dos
Il nous a bien fait rire
Mais comment le faire frire

C’est assez ça suffit
Ça commence à bien faire
Il est temps que ça se sache
Quel est l’art et la manière
De tuer cet animal
De piéger ce mammifère
Il faut sans attendre
Éclaircir ce mystère

 

Captain krampouz

Jeudi 20 février 2014

C’était il y a un an. Le jeudi 20 février 2014, à Kiev. Quatre jours plus tôt, le lundi, j’avais débarqué dans le petit appartement surchauffé d’Oleksii et de Tanya. L’après-midi, je m’étais arrêtée aux portes des miradors de l’entrée de la place Maïdan, là où depuis deux mois et demi des milliers de jeunes et moins jeunes gens tenaient un siège, bravant le froid, pour dénoncer les renoncements du président Ianoukovitch qui, pour qui, pourquoi, pour Poutine, pour la postérité de ses latrines dorées, avait décidé de changer son fusil d’épaule pour rompre les négociations de rapprochement avec l’Europe et se courber sous le modèle eurasien défendu par le président russe. Dans les rues voisines, quelques camions militaires. Mais le danger n’était pas imminent. Le danger ne semblait pas imminent. Le mardi matin, autour de 10 h, je me suis retrouvée là où Oleksii, activiste, bienveillant (c’est devenu un ami), m’avait demandé le matin de ne pas être : devant la Rada, le Parlement ukrainien. La tension est vite montée. Les berkuts, l’équivalent des CRS en France, sont montés sur les toits et ont commencé à tirer sur ce qu’ils savaient être le peuple. Les sirènes ont sifflé. Les premiers blessés ont été évacués. Les pavés arrachés, projetés. Les yeux mouillés. Les containers, des boucliers. Le soir, les morts. Les cris, les pleurs. Mercredi, église Sainte-Sophie, des dizaines de blessés et de blouses blanches. Des éminences de souliers, de vêtements chauds. Des packs d’eau. Dans les rues, les silences. Les murmures. Les titouchkis (hommes de main, non officiels, armés de Ianoukovitch) que l’on défie en se taisant à leur passage. Jeudi, les snipers, rue Institutskaya. Le bruit sourd des balles qui transpercent les pavois. Place Maïdan, entre deux « assauts » des berkuts, les barricades reformées. Les pavés arrachés. Et les sandwichs au pâté coiffé d’un cornichon. Les jours suivants, l’espoir retrouvé. Ianoukovtich exilé. Timoskenko libérée. Veillée des héros. Slava Ukraina. Geroïam slava.
Et depuis ? La Crimée annexée. Plus d’un million de déplacés. Près de 6000 morts (plus de 6000 morts ?). Les séparatistes pro-russes (tous les russophones ne sont pas pro-russes). Les soldats russes. L’artillerie russe. Le métronome russe. Les milliers de volontaires mobilisés (ici et là-bas) pour nourrir, habiller, équiper, soigner les soldats de l’armée régulière, les bataillons volontaires, les déplacés, les blessés. Et François Fillon qui hier, sur Inter, a cru bon de rappeler : « Il ne faut pas oublier qu’en Ukraine, c’est d’abord une guerre civile ». Le charisme d’une huitre. Le recul d’un pot de rillettes. Dimitri, mobilisé, rencontré en décembre dernier dans un bunker du côté de Donetsk, lui aurait répondu : « Je vis et travaille à Kiev. Parler russe n’a jamais été un souci… »

Sainte Agnès 

maidan_OG© Oleksii  G.

Du lambig pour Vladimir

L’annonce date du 24 décembre 2014, il l’a mise en œuvre le 5 février dernier. Vladimir Poutine a baissé le prix de la vodka de 16% pour « lutter contre les alcools frelatés de mauvaise qualité qui irriguent le marché. » A côté de ça, la hausse des prix à la consommation, conséquence de la chute du rouble, atteindrait 15%. Seize moins 15, le compte est presque bon (j’ai fait des études littéraires). « Buvons en un, buvons en deux, à la santé des zamoureux, à la santé du rooooooiiiiiiii Poutiîîîîne… ». Captain Krampouz, qui est un pragmatique, se prépare à la guerre.

Sainte Agnès

La guerre étant proche, il convient de s’y préparer en prenant des mesures simples et de bon sens. Stocker quelques denrées de base, creuser un abri, se mettre au russe.

Car tout le monde l’a bien compris, c’est le Russe qui nous en veut cette fois et être capable de déclarer dans la langue de Gogol : « descendez donc de votre T72 mes bons amis et entrez boire un verre de lambig ! » ne changera pas le cours de la bataille mais vous évitera bien des ennuis. Vous indiquerez ensuite, une fois les libations terminées, la direction de l’ouest à vos nouveaux maîtres car les Russes vont toujours d’Est en Ouest.

Mais les blindés de la glorieuse fédération de Russie arriveront-ils jusqu’à nous ? Rien n’est moins sûr. Il y a tellement de vignobles à traverser sur leur route, tellement d’alcools à déguster sans modération, tellement de Depardieu pour payer une chopine à ces braves moujiks que le voyage risque d’être long et tortueux.
Et peut-être qu’ils ne viendront pas du tout préférant déléguer à leur place quelques bons vieux missiles balistiques dont leurs arsenaux sont largement pourvus et qui ne demandent qu’a s’élancer dans l’azur.

Albert Jacquard, un homme dont le bon sens nous manque, fit scandale en déclarant un jour qu’il serait plus logique de bâtir le monument aux morts des Brestois lyophilisés pendant la prochaine guerre nucléaire avant qu’elle ne se produise. Parce qu’après il n’y aura plus personne pour le construire. Étonnant, non ?

Captain Krampouz

Tueur en p’tite série
chanson

C’est un tueur en p’tite série
Les grandes boucheries c’est pas pour lui

Un égorgeur indépendant
Qui tue comme son père avant lui

C’est le seul professionnel
Qui vous sépare la cuisse de l’aile

En deux coups d’surin bien placés
Sans faire trop gicler l’raisiné

La purification ethnique
Ne lui f’ra pas fermer boutique

Les massacreurs à la machette
Ne f’ront pas baisser sa recette

Surtout pas d’attentat suicide
Qui jette au loin tripes et boyaux
Il préfère dissoudre à l’acide
Une mégère dans son lavabo

Il est bien connu dans l’quartier
Si c’est pour vous être agréable
Pas besoin de publicité
Il pourra vous ouvrir le rable

Alors si l’aventure vous tente
Inscrivez-vous pour l’apéro
Qu’on sert pour attendrir la viande
Qui finira dans son frigo

Captain Krampouz

Coup de poube

Salut, il est presque minuit du lundi, et vous avez droit à votre Kado hebdomadaire ! Sous la pression de faux amis, j’ai fini par céder, par ne plus vous importuner avec de lourdes pièces jointes. La majorité regarde mon travail sur téléphone cellulaire, cliquez toujours, les images vous arriveront plein pot, mais c’est mieux sur un 27 pouces ! Plus light et plus mystérieux, un lien : http://lepetitcalligraphe.com/faire-part/

La grosse Bertha

Armera, armera pas l’Ukraine ? Supprimera, supprimera pas la dette des Grecs ? Soutiendra, soutiendra pas les Peshmergas ? Ni, ni ? La légèreté, dans les papiers, ça va un temps. Dimanche matin, sur les routes glacées, tous les autocars de Bretagne (y aura même Saint-Nââz) convergeront vers Brest pour déposer, aux portes du Quartz, des bataillons de soldats de plomb remontés comme des pendules. C’est la « première manche du championnat des bagadoù ». Dans l’assemblée, d’un côté les commentateurs patentés, de l’autre les jeunes filles tentées par la promesse d’une fin de soirée sur les sièges arrière du car (la banquette arrière, plus ou moins défoncée, est un formidable baromètre pour pointer du doigt la fracture territoriale). Au milieu, le jury, drapé dans un linceul de dignité emprunté à une tragédie grecque, éclairé d’un faisceau divin (un néon). Celui-là sait et distribue les bons et les mauvais points reportés, avec plus ou moins d’assurance, dans un tableau Excel. Lui, se laisse rarement tenter par la frivolité. Sauf à savoir le retourner.
— Je te paie une mousse ?
— Non merci…
— Deux ?
— Ça devrait pouvoir s’arranger…
Dans le classement, les années se suivent et souvent se ressemblent. La partition martiale ne laisse guère de place aux surprises. Tous les ans, la supériorité (numérique et « symphonique ») des uns composent avec la bonne volonté des autres. Toutefois, parfois, à force de bonne volonté, de pugnacité et de fûts percés, de jeunes loups sortent du bois pour coiffer, au poteau, la vieille garde et bousculer l’establishment. Dimanche, une attention particulière sera portée aux bagadoù de Vannes, d’Auray et de Carhaix. Le premier, la semaine dernière, a raflé la mise à « La France a un incroyable talent » : 100 000 euros pour racheter des baguettes aux batteurs ; le reste pour payer des coups aux copains (dans le chaud biz, même quand ça caille, le relationnel, c’est la cerise dans l’eau de vie).  Le second, l’été dernier (seconde manche du concours 2014), au mois d’août, a dressé au garde-à-vous la pilosité du public présent au stade du Moustoir. Les conséquences de son intervention se mesureront prochainement (mai ?) sur la courbe des naissances. Le 3e, pour la première fois de son histoire concourra dans la cour des grands. Il porte sur ses épaules le poids de la seule mission qui consiste à ne pas décevoir le maire de Carhaix, l’un des plus talentueux joueur de pipeau des temps modernes. Et puis, les p’tits gars et les filles de Carhaix méritent plus que les autres. Faut voir l’état de la banquette arrière du car qui, parfois, éconduit.

Sainte Agnès

Appel de Fabrice Nicolino

 Appel de Fabrice Nicolino blessé dans la tuerie de Charlie Hebdo

« Mes si chers amis, je traverse des jours sombres. La deuxième opération, le temps qui passe, les douleurs qui ne lâchent pas prise, l’esprit qui bat la campagne. Ça ira mieux demain. J’espère.

Je n’arrive pas à écrire, au point que je me demande comment j’ai fait, les deux fois précédentes, pour vous envoyer des textes depuis mon lit d’hôpital. Mais il me faut réagir. J’ai pensé à un truc qui me permettrait de maintenir un lien – ce lien si précieux – avec vous. Je viens de créer une adresse mail : planetesansvisa@yahoo.fr

L’ange Gabriel

On s’est beaucoup moqué du prophète de l’Islam ces temps-ci, en sous-estimant gravement la responsabilité de l’ange Gabriel dans toutes les catastrophes d’origine religieuse.
L’ange Gabriel a dans les trois religions du livre un statut particulier de messager de Dieu. Au vu de ses interventions les plus connues, on peut légitimement se demander si il n’aurait pas du faire appel avant d’improviser de manière aussi légère à un bureau d’étude spécialisé. Il aurait très bien pu aussi rester couché en fumant de l’afghan comme à son habitude. Interrogé il y a quelques jours par nos confrères de BFM-TV, Gabriel admet avoir débuté comme conseil aux premiers temps du Judaïsme. Mais son premier gros coup fut d’annoncer à Marie la naissance de Jésus. « Joseph m’en a beaucoup voulu », confesse l’emplumé. Et la suite allait changer la face du monde. « Oui c’est bien moi qui ai tourné la tête de Mahomet avec cette histoire de Coran. Je buvais beaucoup à l’époque. »
Pressé ensuite de questions par des reporters avides de scoops, il réfute toute intervention dans l’écriture de Mein Kampf ou dans celle des Pensées de Mao. « J’avais fait assez de conneries et Dieu me tenait à l’œil, voyez plutôt ça avec les anges déchus. » Et pour ce qui est de L’insurrection qui vient, il hausse les ailes. « Un tissu d’âneries pareil, les hommes sont bien capables de l’écrire eux-mêmes. »

Captain Krampouz

Les pissenlits par la racine ou
« Tout est joli dans l’pissenlit »

La Grande Marie vient à peine de commencer à manger les pissenlits par la racine qu’elle nous envoie déjà une recette ! Incorrigible.

Avant de profiter des vertus dépuratives de leurs jeunes feuilles en salade printanière, vous pouvez, dès le mois de février, vous préparer des racines de pissenlits. Et c’est même pas une blague, comme l’indique cette recette tirée de L’almanach des fleurs sauvages, éd. Delachaux et Niestlé (collection « Terre Sauvage ») :

Racines de pissenlits aux champignons et à la crème

1- Armez-vous d’une bêche et de bonne volonté, et récoltez 500 grammes de racines entières, très goûteuses à cette époque de l’année (si, si).
2- Lavez et brossez soigneusement votre récolte.
3- N’épluchez pas les racines (si vous y tenez, grattouillez-les légèrement), mais coupez-les en tronçons et mettez-les à tremper 10 minutes dans de l’eau citronnée et salée, cela pour éviter le noircissement.
4- Égouttez les racines et faites-les cuire dans de l’eau salée pendant 20 minutes (laissez bouillir).
5- Émincez un oignon et trois gousses d’ail, faites-les fondre dans de l’huile d’olive (ou du beurre, hein, soyons fous). Ajoutez 200 grammes de champignons de Paris émincés, un demi-verre de vin blanc, une poignée de persil grossièrement haché. Laissez cuire 10 minute à couvert et à feu doux.
6- Salez-poivrez, ajoutez les racines de pissenlits bien égouttées, laissez cuire encore un petit quart d’heure.
7- Ajoutez en fin de cuisson deux bonnes cuillerées à soupe de crème fraîche épaisse, saupoudrez de muscade, rectifiez l’assaisonnement.

Ça se sert avec un petit rouge léger et ça peut agréablement s’accompagner de riz basmati, à c’qu’on dit.
Bon appétit, c’est ça la vie !

(Avec Alice Dufaud)