Alliance régionaliste
Vive la Bretagne hideuse et répugnante !

Ça y est, il a réussi son coup, le Troadec ! Régionalistes de tous bords unissez-vous ! qu’il criait depuis des mois. Comme tous ces gens le connaissent fort bien et qu’ils savent que ça ne sent pas toujours très bon du côté de Carhaix, certains résistaient encore à la tentation. Mais voilà. C’est fait. L’UDB, parti régionaliste de gauche, allié traditionnel du PS et des Verts, a dit oui et va donc se retrouver dans la même charrette que les libéraux du minuscule Parti Breton, que le parti de Troadec et que quelques groupuscules breizous, pour les prochaines élections régionales. Pour des élections régionales, me direz-vous, il est assez normal d’être régionaliste. Ils disent tous qu’ils le sont, d’ailleurs, au PS comme à l’UMP (désolé mais Les Républicains, ça m’arrache la gueule). Alors voilà, les élus socialos (c’est bizarre aussi, comme nom, parce qu’on sait bien qu’ils ne le sont pas, socialos) avaient promis le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne et il a suffit d’une consigne venant de la direction de leur parti pour qu’ils changent d’avis. Une décision qui a ouvert la porte à Troadec et à cette future alliance régionaliste.

La politique est un univers impitoyable et irrémédiablement tordu. Les électeurs ne sont plus qu’une sorte de cheptel qu’on essaie de piquer au voisin pour le vendre au prochain marché au cadran électoral.

Les pauvres hères qui s’allient aujourd’hui à Troadec le font-ils en désespoir de cause ? Ont-ils réfléchi à quoi ils acceptent de s’inféoder ? Ont-ils déjà oublié comment le maire de Carhaix les a enculés à sec lors de précédentes alliances ?

Troadec, avec son ami Merret de la FNSEA, c’est les bonnets rouges, cette odieuse manipulation qui a permis de prendre en otage des employés de l’agroalimentaire désemparés pour donner une nouvelle légitimité à leurs employeurs, gros pollueurs, premiers responsables de leurs malheurs et profiteurs du modèle agricole breton.

Troadec, c’est l’usine chinoise de lait en poudre aux yeux, en construction à Carhaix, symbole de la disparition de l’agriculture familiale en Bretagne, grâce à un prix du lait bientôt décidé à Pékin, et aux fermes géantes que cela implique. Le triomphe éphémère de l’agro-industrie polluante et dégradante, avant le désastre.

Troadec, c’est la manipulation, la récupération et la communication tous azimuts. Bientôt candidat à la présidentielle, il a réussi à faire croire à la France entière qu’il a sauvé l’hôpital de Carhaix, alors que celui-ci s’en est sorti grâce à une fusion avec Brest, fusion à laquelle il s’était toujours opposé.

Troadec, chef de file régionaliste aux élections régionales avec le soutien de quelques politiciens en errance, c’est un Le Fur rhabillé aux couleurs d’une prétendue gauche, au sein de laquelle il sera le meilleur allié de l’agro-industrie.

Quelle différence y a-t-il entre cette Bretagne-là et celle de Le Fur ? Une Bretagne encore pire que celle de Le Drian, pourtant grand ami des productivistes et de l’Institut de Locarn. Pour le second tour, après tout, vous pourrez faire alliance avec les uns comme avec les autres. Au lieu de représenter une alternative, un autre modèle, vous serez une force d’appoint au modèle dominant.

Si c’est cette Bretagne que vous voulez, à l’UDB, je vous la laisse. Elle est répugnante, hideuse et sans avenir. Pour enfoncer le clou, je me permets de vous faire remarquer ce paradoxe assez cruel : en ayant évité l’union avec la Bretagne, les habitants de Loire-Atlantique peuvent se frotter les mains, car ils ont ainsi échappé à Troadec et au modèle breton.

Saint Zano

Eloge de l’invasion

J’étouffe ! Non pas que je sois victime moi-même d’une oppression insupportable, ou enfermé dans un cul de basse fosse. J’étouffe sous la camisole des pensées obscures. Je ne regarde pas la télé, je lis des journaux modérés, je ne suis pas paranoïaque, je peux circuler comme je veux (lorsque j’en ai les moyens), je ne suis ni noir, ni arabe. Pourtant, j’étouffe. Même quand je ferme toutes les écoutilles, des cris traversent les murs, remontent des abysses. Les cris de ceux qui étouffent. Les cris de ceux qui fuient. Les cris de ceux qui se noient. Et j’ai beau me boucher les oreilles, j’entends aussi les paroles qui tentent de couvrir les cris, les paroles qui tuent. Comme celles du monstre Cameron, l’odieux rosbif saignant qui ne veut même pas entendre parler d’accueillir quelques centaines de rescapés dans son île et met dans la balance une sortie possible de son pays de l’Europe. Et alors ? Ciao mec ! Bye bye ! Casse-toi connard ! Tu peux garder ton tea time, ta City, tes beans juste pour toi, et brailler God fuck the queen avec tes potes. Bon débarras !

En France, l’étouffoir est à l’œuvre, aussi crûment. On n’y parle que de la montée du FN, en inversant le symptôme et la cause. Car ce n’est pas le thermomètre qui provoque la fièvre. Si le FN monte, c’est parce que beaucoup de Français se retrouvent dans ses idées. Il en a rien à péter, le Françaoui, des noyés en Méditerranée, du colonialisme et du néocolonialisme, de l’esclavage et du pillage des matières premières. Sans parler de la liberté d’expression. Laissez-moi rire ! Même la laïcité est devenue synonyme d’oppression des minorités, alors qu’elle devrait permettre de les défendre. Et quand Emmanuel Todd dénonce la vague nationaliste et xénophobe qui transpire derrière Je suis Charlie, c’est toute l’élite intellectuelle et politique qui lui tombe dessus, le traitant de traitre et de blasphémateur de la République. Quand Valaud-Belkacem annonce sa réforme du collège, c’est la clique des défenseurs de la prétendue « identité nationale » qui se met en branle. Les Lang, Gallo, Finkielkraut, peu leur importe que la réforme soit bonne ou mauvaise, et qu’elle ait été décidée pour faire face à un échec scolaire massif. Ce n’est pas de cela qu’on discute, mais des dangers qui pèsent sur les langues mortes, donc sur les racines gréco-latines de la France ! Que la langue française soit apparentée en grande partie au grec et au latin, on ne peut le nier, mais qu’une fois de plus l’élite intellectuelle du pays confonde l’identité de la langue et celle du pays, la langue et la nation, montre bien que le mal est partout, le mal identitaire, le mal nationaliste, le mal unificateur, le mal ethnocentriste, le mal jacobin, le mal blanc. Il n’a pas attendu la montée du Front National pour exister. Il est constitutif de la République et de ses « valeurs ». Et c’est bien ce mal qui m’étouffe. Comme c’est ce mal qui noie les migrants à nos portes. Le mal national. Les Belkacem, famille modeste du Rif, ne sont ni Grecs, ni Latins. Pour la plupart des Français, la ministre qui en descend n’est pas tout à fait française. On n’en sort pas.

Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils l’accès aux fuyards ? En dépit de tout. Et même en dépit de l’avis de leurs amis chefs d’entreprise, plutôt contents de voir arriver une main d’œuvre jeune et motivée, dans leurs pays vieillissants. En dépit des solutions possibles, que tout le monde connaît : visas temporaires renouvelables, achats de visas aux Etats pour assécher le trafic des passeurs, et même ouverture totale et régularisation, qui ne provoqueraient pas, d’après les études, d’immigration massive, mais rapporteraient économiquement, au lieu d’une surveillance et d’une rétention fort coûteuses. Mais non, il n’en est pas question, même au nom d’un juste droit à la réparation, même au nom du droit à la vie. Car il semble plus important de protéger de prétendues « identités nationales ». C’est donc bien une affaire de racisme et de xénophobie. Pas seulement de démagogie. Une conviction profondément ancrée qui appartient à l’élite tout autant qu’au peuple. Pour l’éradiquer, il n’y a pas d’autre solution que de porter le fer sur la plaie. Ouvrir les frontières. Appeler à l’invasion. Une invasion positive parce que voulue. Invasion des hommes et des langages, accueillis à bras ouverts, en libérateurs. Une invasion qui ouvre la langue à toutes les influences. Mais franchement, faire avaler leurs sabres aux académiciens est un dégât collatéral qui ne fera pleurer personne. Quant à la mise à sac de l’Ena, elle sera notre nouvelle prise de la Bastille !

Gérard Alle

Bretagne nous te fuirons !

Les gens ont commencé à se poser des questions le jour où la tour a atteint 500 mètres de haut. Un vieux Carhaisien s’est souvenu qu’au début les Chinois prévoyaient d’en faire une usine pour produire de la poudre de lait infantile. Mais beaucoup de sang a coulé sous les ponts de Bagdad depuis le début des travaux. Et le président Troadec n’a-t-il pas été élu pour la deuxième fois en battant Marion Le Pen avec 92 % des suffrages exprimés… Il fait ce qu’il veut ! Il a bien fait construire un métro pour rejoindre son palais d’été de l’Ile Longue où l’attend tous les soirs son grand vizir, langoureusement allongé prés d’une auge en granit qu’on remplit en permanence de Coreff fraîche « Sacré Grall ».

L’autre jour « Sacré Grall » a eu des visions et a commencé à délirer. Dans ce cas on fait vite venir en métro un vieux scribe de « l’office de la langue bretonne » car lui seul peut traduire le sabir surunifié du vizir.

« Les Bretons ne sont pas venus de Cornouailles ni du Pays de Galles, ils viennent de Véga. »

Encore plus fort qu’Henri Guaino et l’homme africain pas assez rentré dans l’histoire.

Le président Troadec a aussitôt donné ses ordres en pointant son doigt sur un point brillant dans le ciel.

« Qu’on fasse hausser la tour de cinquante étages ! »

Et les ouvriers ont intérêt à s’exécuter fissa car les Bonnets Rouges veillent et le bagne d’Ouessant peut loger gratos les récalcitrants.

Alors n’hésitons pas et devant une réussite aussi éclatante crions tous en chœur :

« Vive le président Troadec !!! »

Captain Krampouz

Repas de famille chez les Le Pen

Marine : – Papa, tu fais chier avec tes sorties à la con. Combien de fois il faudra te le dire : je suis pas une agitatrice, moi, c’est le pouvoir que je vise. On est en mesure de prendre le pouvoir, dans ce pays. Et toi, tu diabolises encore le FN. Merde !

Jean-Marie : – Et toi, tu crois que t’es crédible, à reprendre le programme de Mélenchon comme tu le fais ?

Marine : – Plus crédible que toi, en tout cas !

Jean-Marie : – Gauchiste !

Marine : – Facho !

Jean-Marie : – Merci. Ça faisait un bout de temps que tu m’avais pas dit un truc sympa.

Marine : – Et tu penses les arrêter quand, tes conneries ?

Jean-Marie : – Je ne pense pas arrêter de parler, vois-tu. Et je vais t’expliquer pourquoi. T’as peut-être les dents qui rayent le parquet, mais en politique, j’ai un peu plus d’expérience que toi. C’est comme aux échecs : celui qui gagne, c’est celui qui prévoit plusieurs coups à l’avance. Alors, je vais te dire un truc : le scénario de la querelle entre le père et sa fille est un excellent scénario.

Marine : – Ah bon ! C’est la meilleure, celle-là !

Jean-Marie : – Pourquoi ? Parce que plus on diabolise le père, plus sa fille, en s’opposant à son père, devient un ange, un symbole de pureté, la Vierge Marie en personne.

Marine : – Explique un peu ta stratégie, ça commence à m’intéresser.

Jean-Marie : – C’est pas compliqué. La semaine prochaine, j’en remets une couche sur les chambres à gaz, le Maréchal Pétain et tout ce bordel. Toi, tu joues les vierges effarouchées, tu menaces de me virer du parti. C’est du gagnant-gagnant, comme dirait l’aut’ con. Moi, je reste droit dans mes bottes, je baisse pas ma culotte devant les rouges et les bougnoules, et toi, tu te refais une nouvelle virginité, tu deviens plus républicaine que l’UMPS, et tu fonces vers les sommets.

Marion : – C’est pas con.

Jean-Marie : – Prends-en de la graine, Marion !

Marine : – Putain ! T’as encore raison. On va tous les baiser.

Jean-Marie : – Juste un dernier conseil : tu ferais bien de surveiller ton langage ; le peuple n’aime pas que son chef parle vulgaire.

 

Saint-Zano

Les socialistes

Je peux bien vous l’avouer aujourd’hui qu’ils sont à terre, je n’aime pas beaucoup les socialistes. Même les frondeurs. Je veux bien admettre que la vieille légende selon laquelle ils enlèvent les enfants des écoles pour les manger ensuite pendant leurs cérémonies rituelles est un brin exagérée mais tout le reste est vrai. Ils mettent des cravates, ils font des discours et quelquefois ils sont même élus maire ! Rendez-vous compte du scandale ! Quand vient l’été, ils organisent des banquets républicains et font les beaux dans les comices agricoles. C’est là qu’ils tissent inexorablement leur toile et les voilà bientôt présidents de communautés de communes ou d’agglomérations. Certains poussent même le vice jusqu’à se faire élire députés, ce qui est le tremplin idéal pour devenir ministre. Et quand on est ministre, on se sent facilement pousser des ailes pour se présenter aux présidentielles et quelquefois être élu.
Toutes ces abominations ne seraient rien, tous ces crimes impunis ne seraient que billevesées si quelquefois, pas souvent mais quand même de temps en temps, on ne perdait ces fameuses élections. Et oui, même les socialistes peuvent perdre des élections… Alors devinez donc ce qui se passe ? Et bien c’est la droite qui est élue. Et là on est vraiment dans la merde.

Captain Krampouz

Pandémie

Ils sont formidables, on ne s’en lasse pas. Mais on doit sérieusement s’en agacer quand le frigo est vide et que seuls les remboursements Sofinco donnent la nausée le 5 du mois. Comme il y a un an, « c’est moins pire que prévu ». Faut-il commenter ? Non. Y a rien à faire, ils pigent pas. Ici et là, on lit : « putain, le FN, 18, 20, 22 % dans ma commune, ça donne envie de gerber. » Régurgiter ? Un luxe. Personnellement, ça me coupe davantage l’appétit. Jeûner ? Un luxe. J’essaie de comprendre. Dix millions de travailleurs pauvres qui vivent avec moins de 890 € par mois (890 € mensuels, on est d’accord, c’est pour les mieux lotis). Ceux-là ne représenteraient pas l’électorat Marine. Parce qu’ils ne vont plus aux urnes. Le droit de vote, un devoir. Celui de bouffer, une nécessité. Et comme l’un n’assure plus l’autre, alors, parfois, pour exprimer sa colère… Mais, une fois n’est pas coutume, mettons-les donc de côté et ne les rendons pas responsables de tous nos maux. Ils ont assez à faire avec les leurs.
Les autres, ceux qui vivent avec plus de 890 € par mois, les ouvriers, les métiers « sous-qualifiés », les services à domicile, les mères-pères-célibataires, (…) pour qui ont-ils voté ? Parait que la gauche ne leur parle plus (scoop : elle ne parle plus à personne, elle ment à tout le monde). Les chômeurs ? Il y a deux écoles. Les uns ne se risquent pas à voter FN, le maréchal Le Pen a prévu de couper fissa les alloc’ sitôt ses fesses posées sur le trône. Les autres se disent qu’un peu de protectionnisme (de révisionnisme et de négationnisme mais ils ne le savent pas encore) n’a jamais nuit à personne.  Les classes moyennes (= les fonctionnaires) croient encore, un peu, à la gauche… mais trouvent que, quand même, son pouvoir d’achat a du plomb dans les ailes. Un petit coup de règle sur les doigts, ça n’a jamais tué personnes, alors… Les Français plus avantagés (on les reconnait facilement, les beaux jours venus, ils sortent le barbecue Weber) ? Parfois, les socialos. Souvent Sarko, le dépositaires de leur « héritage ». Mais ils ont toujours cru aux vertus de la fessée. Au moins pour emmerder ces crevards de gauchistes. Alors, de temps en temps…
C’est vrai, l’épidémie est « moins pire que prévu ». La pandémie, elle, est bien là.

Sainte Agnès

PS : analyse aussi précise et cynique que peut l’être une commande à un institut de sondage.
PS » : 79 % d’opinion défavorable pour Zlatan, l’attaquant du PSG qui trouve que la « France est un pays de merde ».

Éclipse de cerveau

C’est un phénomène très rare. On l’observe seulement tous les 5000 ans et encore. Nous mesurons donc le grand honneur qui est le nôtre de pouvoir enfin nous esbaudir devant un si étrange et si beau spectacle qui ne se renouvellera pas de sitôt : une éclipse de cerveau.
À vrai dire, le cerveau de Jean-Luc Mélenchon intriguait les spécialistes depuis un moment déjà. Il avait déclaré sa flamme à la mission pacificatrice de la Chine au Tibet et son amour de la magnifique politique du président Assad en Syrie. Et quand on a accusé le pauvre Poutine d’avoir commandité l’assassinat de son principal opposant, le Robespierre  du front de gauche est monté au créneau. Vlad n’a rien à voir là-dedans, encore un complot.
Le parti communiste Français en confiant son destin électoral à ce brave Jean-Luc jouait gros, on a vu le résultat. On était à 5%, on disparait de la scène. Il y a vraiment des coups de pic à glace qui se perdent.
Et comme il faut boire la vodka frelatée jusqu’au méthanol, la proximité de Mélenchon avec Buisson éclate au grand jour. Le rouge et le brun. Ça va faire un grand tube.
Il flotte dans ce pays comme un désir sourd de dictature, de pogrom, de coups de trique sur la gueule.

Captain Krampouz

Faut-il demander l’asile politique à la Belgique ?

Sixième billet, suite et fin, des interrogations de Gérard Alle. 

Les « intellectuels » garants du dogme républicain, dans la lignée des Finkielkraut, Fourest et compagnie, se fendent maintenant d’une théorie censée combattre le prétendu complot de ceux qui voudraient « déconstruire l’Etat-Nation ». Je dois faire partie, à un titre ou un autre, de tous ces salauds « postmodernes », campés (sic) par leur pote, un certain Shmuel Trigano, auteur de La nouvelle idéologie dominante. Celui-ci, sociologue et philosophe ubuesque, prétend que c’est en fait ceux qu’on prend pour les dominés qui sont les véritables dominants. Voici donc sa liste des gens à combattre : critiques du côté obscur des Lumières, adeptes de la théorie du genre, favorables à la « fin des territoires », défenseurs des minorités et des différences (ce qui mènerait d’après lui à une exclusion mutuelle), tenants de la démocratie participative (donc ennemis naturels de la démocratie réelle), pourfendeurs de l’esclavage et de la colonisation, dénonciateurs des crimes et génocides des Etats-Nations, amoureux de l’altérité, culpabilisateurs de l’Occident, prêtres de l’écologie, cette nouvelle religion…

Bande de tarés, vous êtes prévenus : vous faites partie d’un attelage conduisant au chaos et au totalitarisme. Si en plus vous vous affichez contre la dissuasion nucléaire et dans l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, autant dire réfractaires au progrès, vous devez être éliminés de la surface de la Terre.

Les bras m’en tombent. La France ne changera donc jamais. Depuis le temps, je devrais le savoir. Maintenant, les plus fervents défenseurs de l’Etat-Nation accusent de totalitarisme ceux qui cherchent à faire évoluer le modèle moteur d’un XXème siècle qui fut – faut-il encore le rappeler ? – le plus sanguinaire de l’histoire de l’humanité. Cette crispation, ce refus de toute remise en question, cette parano semblent justifier la mise en place de cet Etat policier qui s’installe peu à peu. Avec l’agrément des citoyens que les médias aux ordres travaillent au trouillomètre. Ça pue !

Alors que faire ? Ceux qui ne supportent plus cette ambiance pourrie – y compris les juifs qui ne peuvent pas sacquer Netanyahou – pourraient demander asile à la Belgique, par exemple. Il paraît que des milliers de handicapés français, lassés eux aussi les discriminations dont ils sont victimes, notamment pour trouver un logement, l’ont déjà fait. Au moins, là-bas, personne ne se prend pour le nombril du monde…

Gérard  Alle 

Communautarisme français de souche

Cinquième billet de la réflexion de Gérard Alle autour de l’après « Charlie Hebdo »

Lors de l’examen de la loi sur la réforme territoriale, pour mettre la France en conformité avec les conventions internationales, le Sénat a adopté un amendement donnant aux collectivités territoriales le pouvoir de « garantir les droits culturels des citoyens », conjointement avec l’État. Or, cet amendement a ensuite été rejeté par les députés, au mépris des traités ratifiés par la France, qu’elle souhaite donc imposer aux autres pays sans se les imposer à elle-même. Rappelons que l’article 4 de la Déclaration de Fribourg dont la France est signataire, stipule : « Nul ne peut se voir imposer la mention d’une référence ou être assimilé à une communauté culturelle contre son gré. » Ceux qui croyaient reconnaître là une valeur républicaine et anti-communautariste comprendront que son rejet marque au contraire la consécration officielle d’un communautarisme français de souche, chargé d’assimiler de force en refusant toute forme de diversité. On est mal barrés ! Depuis les attentats, toutes les associations anti-discrimination font état d’une augmentation considérable des contrôles au faciès et des actes racistes, notamment contre les Rroms et les musulmans (plus d’agressions au cours des dix jours qui ont suivi les attentats que durant toute l’année 2014). Les actes antisémites, tout autant inadmissibles, et qui sont également en augmentation, font la une des médias. Voilà qui donne du grain à moudre à Netanyahou, qui appelle l’ensemble des juifs de France à rejoindre Israël. Des gens pas toujours recommandables auront beau jeu de remarquer qu’en France, les juifs sont les seuls qu’on n’accuse pas de communautarisme. La protection, la bienveillance dont on doit entourer la communauté juive qui se sent menacée, devraient au moins aider nos décideurs à prendre conscience que la reconnaissance de l’existence de minorités au sein de la République aide à vivre les membres de celles-ci et ne menace en rien celle-là.

Bien sûr, il n’en est rien.

Gérard Alle

Droits comme un I

Appelons un chat, un chat. Le Front National est un parti d’extrême droite. Comme la Ligue du Nord en Italie (laquelle arrose les champs des agriculteurs de confession musulmane d’urine de cochons). Les électeurs du Front National, mécontents des femmes et des hommes politiques de droite comme de gauche, eux, sont des moutons. « Oui mais faut les comprendre, nananère… » On comprend le frigo vide. Moins la caboche.
Les membres de l’Etat islamique sont des crevards. Ou des connards. Et des canards boiteux qui, dans la promesse qui est leur est faite (la croisade, un monde nouveau puis l’enfilade de quelques vierges), cherchent à remplir les cases vides pour retrouver l’équilibre. Explorer chez eux la foi musulmane est une entreprise vaine. Même les lunettes infrarouges ne parviennent à percer l’obscur linceul. Enfin, ne faudrait-il pas écrire « l’obscure sape » ? « Linceul », c’est sans doute trop connoté « art, culture, histoire ». D’ailleurs, dans l’entreprise qui est la leur (effacer traces de tout ce qui est antérieur à Mahommet), ne devraient-ils pas, comme un signe fort, faire le djihad cul nu, la queue entre les jambes, droite comme un I majuscule, en signe d’allégeance, du bas vers le haut, au Dieu tout puissant ? Ils ont essayé. Rien à faire. Quand ça veut pas, ça veut pas.

Sainte Agnès

Éloge du divers

Troisième billet du feuilleton de Gérard Alle.

Je me prends à rêver… Un jeune prof vient d’être nommé dans un collège de banlieue. Avant de commencer son année scolaire, il est venu en stage dans la cité. Et ce sont les gamins qui l’ont initié à leur langage, à leur argot. Quand il commence, il ne débarque pas de la planète Mars. Ses cours sont basés sur l’échange et la participation. On passe d’un niveau de langue à l’autre. On traduit Corneille en langage de la cité. Et une histoire de la cité devient une tragédie grecque. On se marre. Ensemble. On crée. La langue française s’enrichit de nouveaux mots, de nouveaux concepts et c’est pareil pour la langue de la cité. Au collège, au lycée, il y a des cours de berbère, de bambara, de kurde, de russe, d’arabe. En classe, on invite des plasticiens, des écrivains y mènent des ateliers, mais on invite aussi des ouvriers, des chômeurs, des médecins, des avocats, des taulards, des gens de toutes origines sociales et ethniques à venir parler de leur vie, de leur métier, de leurs passions, de leurs échecs. L’école s’ouvre au monde. La France aussi. Elle n’est plus ce pays où, pour s’intégrer, il faut oublier d’où l’on vient. La République devient la République de tous. Les Arabes et les Noirs ne sont plus considérés comme étrangers à nos valeurs, et nous ne nous sentons plus étrangers aux leurs…

Utopique ? En Belgique, lorsque sont arrivés les mineurs italiens et polonais, on a ouvert des écoles bilingues, et les enfants de ces ouvriers ont connu un remarquable taux de réussite scolaire. En Nouvelle-Zélande, des écoles multiculturelles intègrent des classes polynésiennes, indiennes, russes, japonaises ou chinoises (une trentaine d’options possibles pour garder le contact avec la culture des parents). Dans une classe maorie, à Auckland, j’ai pu voir qu’il y avait aussi des petits blancs, parce que là-bas, chacun a bien conscience qu’une société dans laquelle on s’intéresse à la culture de l’Autre hérite d’une richesse inestimable. On pourrait aussi s’inspirer de ce qui se passe en Grande-Bretagne, où le cours magistral n’existe pas, où les élèves sont invités à contester la parole du professeur, à débattre jusqu’à épuisement des questions, et où il n’est pas incongru qu’un chauffeur de bus arbore un turban sikh, ou qu’un directeur de banque porte des dreadlocks. Toutes choses inimaginables en France.

Gérard Alle 

Discriminations

Suite de la série initiée la semaine dernière par Gérard Alle.

Discriminations. Ségrégation sociale et ethnique. Les chiffres sont accablants : la France est le pire pays de l’OCDE pour l’écart de niveau scolaire entre autochtones et enfants d’immigrés de la seconde génération. On nous annonce un effort pour l’apprentissage du français. Mais toujours rien pour la langue et la culture d’origine. Rien. Nada. Whalou. Man bet. Que d’chi. On sait que le bilinguisme précoce améliore considérablement le niveau de connaissances, la capacité d’abstraction et de compréhension du monde. On sait que lorsque ce bilinguisme est valorisé, le niveau moyen des enfants bilingues est meilleur en français que celui des Français monolingues. On sait aussi que l’approfondissement simultané de plusieurs cultures permet de ne pas subir comme une obligation l’appartenance à une seule et unique communauté. Alors que la non-reconnaissance d’une partie de l’identité d’un individu alimente frustrations et rancœurs. On sait que les tueurs de janvier, en rupture avec le système éducatif, avaient un vocabulaire extrêmement réduit, tant en français qu’en arabe. De quoi a-t-on peur ? Que des gens d’origine étrangère deviennent un jour l’élite de la société française ? En tout cas, on les maintient à l’écart, et on ne veut pas admettre que l’appartenance à une classe sociale défavorisée n’est pas la seule raison de leur relégation. En France, puisque tous les citoyens sont par principe considérés comme égaux et indifférenciés, des mesures qui tendraient à compenser des discriminations liées aux origines sont considérés comme contraires au dogme. Et donc rejetées. C’est absurde. Et d’une injustice criante : les élèves issus des milieux favorisés sont ici mieux aidés que ceux qui en auraient le plus besoin.

Gérard Alle

Fusion combustion

C’est sûr que si c’était à refaire Charles Doux aurait choisi les cosmétiques comme Liliane. Toute sa pauvre fortune est évaluée à 330 millions d’euros alors que Liliane en reçoit 360 millions comme dividendes en une seule année avec ses actions L’ORÉAL. Mais Charles n’a pas inventé la teinture à cheveux ni la poudre d’ailleurs, il a inventé le poulet congelé.

C’était pas un avion de chasse mais il a quand même vendu ses fameux coquelets de 28 jours aux Saoudiens pendant des années. Pour manger ces bestiaux-là, il faut vraiment avoir les crocs. Et même pas le droit à un petit coup de rouquin pour faire passer le goût de la bête. Mon petit doigt me dit que ce sont plutôt les esclaves fort nombreux dans ce beau pays qui ont droit à cet affreux casse-croute.

Enfin il faut parler au passé car Charles est mort il y a quelques jours. On va pas l’accabler mais pour résumer sa vie d’entrepreneur on peut dire que c’est dans le pire qu’il était le meilleur. Quand il est arrivé devant Saint Pierre, on l’a fait mariner un peu. Et puis le boss a sorti son dossier :  » C’est vous le roi du poulet ! Pas brillant votre affaire ! »

Charles a pensé à tout ces gens qu’il avait pressé et jeté comme des merdes, à tout ces tas d’amiante nauséabonds où on entassait 30 000 coquelets. Il a baissé la tête. « Enfin y’a pas mort d’homme, vous pouvez y aller. » Et Saint-Pierre a indiqué à Charles une porte où c’était marqué paradis.
Il en revenait pas le king de Port-Launay de s’en sortir à si bon compte et il a vite ouvert la lourde. Mais ça cramait un max là-dedans et il s’est retourné fissa vers Saint Pierre.
- C’est nouveau les flammes au paradis ?
- Ah vous n’êtes pas au courant, on a fusionné la semaine dernière !

Captain Krampouz

Laurel & Hardy

Gérard Alle signe un nouveau feuilleton, autour de ses interrogations post « union nationale ». Il les partage et nous invite à nous remuer les méninges pour l’aider à trouver des réponses. Premier épisode…

Depuis les attentats de janvier, on voit nos Laurel et Hardy nationaux tout heureux de grimper dans les sondages. Nos héros ont rassuré la ménagère de 50 ans en renforçant la police et l’armée. Chouette ! Hollande, grisé par l’événement, a même commencé à se prendre pour le Président de la République. Vive la France éternelle ! Aux méandres de l’intelligence, ici comme ailleurs, l’imbécile préfère la rectitude du dogme.

Au lieu de saisir la chance historique qui lui était offerte pour effectuer une réforme en profondeur, Hollande s’est vautré, comme ses prédécesseurs, dans la grande messe républicaine. Son non-projet pour l’école montre assez l’incapacité de nos gouvernants à se hisser à la hauteur de l’événement. Dans ce cadre, la copie rendue par la ministre semble viser un objectif bien illusoire : tenter de masquer la faillite du système éducatif français.

Pourtant, les questions et les revendications ne manquent pas. Les profs disent avoir de plus en plus de mal à enseigner la théorie de l’évolution ou l’holocauste. Mais enseigne-t-on vraiment l’histoire des religions ? Celle de la colonisation ? Les profs prennent-ils suffisamment en compte le fait que la concurrence mémorielle se nourrit des injustices et des mensonges de la République ? Se rendent-ils compte que leurs élèves sont souvent fort bien informés sur ces mensonges ? Démontrent-ils que nous sommes aussi les héritiers de l’Andalousie multiculturelle, que nous appartenons à la même civilisation, que celle-ci n’est pas seulement gréco-latine, et qu’elle est en perpétuelle évolution ? Et quel message envoient ces chefs d’établissements quand ils refusent à des mères de famille d’accompagner des voyages scolaires sous prétexte qu’elles portent un foulard ?

Gérard Alle 

J’ai fait un rêve

Le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait son célèbre discours « I had a dream » (j’ai fait un rêve), au Lincoln Memorial de Washington D.C. Il a été assassiné le 4 avril 1968, à Memphis, Tennessee. Sur sa tombe, on peut lire ces mots : « Free at last » (enfin libre). Il profite aujourd’hui de cette liberté pour adresser ce message à ses frères de France, adaptation de son discours de l’époque.

J’étais heureux de participer avec vous à ce rassemblement de plus de trois millions de Français qui restera dans l’histoire comme la plus grande manifestation que notre pays ait connu en faveur de la liberté d’expression.

Il y a plus de deux siècles de cela, la Révolution Française, qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique, signait pour tous les hommes un grand espoir d’émancipation. Cette révolution faisait, comme un grand phare, briller la lumière de l’espérance aux yeux de millions de pauvres gens marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce fut comme l’aube joyeuse qui mettrait fin à la longue nuit de leur oppression.

Mais deux cents ans ont passé, et nous remarquons que dans votre pays le Noir, l’Arabe, le Musulman et tant d’autres minorités ne sont toujours pas considérés comme des Français à part entière. Deux cents ans ont passé et l’existence de certains d’entre nous reste tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination; deux cents ans ont passé et certains d’entre nous vivent encore sur l’île solitaire de la pauvreté, dans un vaste océan de prospérité matérielle; deux cents ans ont passé et certains d’entre nous languissent toujours dans les marches de la société française et se trouvent en exil dans leur propre pays.

C’est pourquoi je prends la parole aujourd’hui pour protester contre cette honteuse situation. En ce sens, je m’adresse à votre pays pour toucher un chèque. En traçant les mots magnifiques de liberté, égalité et fraternité qui forment votre devise, les architectes de votre république signaient une promesse dont héritait chaque Français. Aux termes de cet engagement, tous les hommes, quelle que soit leur religion ou leur couleur de peau, se verraient garantir leurs droits inaliénables à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.

Il est aujourd’hui évident que la France a failli à sa promesse en ce qui concerne une partie de ses citoyens. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, la France a délivré à ces gens un chèque sans valeur; un chèque qui est revenu avec la mention « Provisions insuffisantes ». Nous ne pouvons croire qu’il n’y ait pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de votre pays. Aussi nous réclamons d’encaisser ce chèque, un chèque qui nous fournira sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous voulons rappeler à la France les exigeantes urgences de l’heure présente. Il n’est plus temps de se laisser aller au luxe d’attendre ni de prendre les tranquillisants des demi-mesures. Le moment est maintenant venu de réaliser les promesses de la démocratie; le moment est venu d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice; le moment est venu de tirer votre nation des sables mouvants de l’injustice raciale et sociale pour la hisser sur le roc solide de la fraternité; le moment est venu de réaliser la justice pour tous les enfants du Bon Dieu comme pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Il serait fatal à votre nation d’ignorer qu’il y a péril en la demeure. Cet étouffant mécontentement ne se terminera pas sans qu’advienne un avenir vivifiant de liberté et d’égalité.

2015, avec ses évènements dramatiques, n’est pas une fin mais un commencement. Mais ceux qui espèrent que la tension va retomber toute seule se préparent à un rude réveil si votre pays retourne à ses affaires comme devant.

Il n’y aura plus ni repos ni tranquillité en France tant que règnera l’injustice pour certains citoyens, à cause de leurs origines.

Les tourbillons de la révolte continueront d’ébranler les fondations de votre nation jusqu’au jour où naîtra l’aube brillante de la justice.

Mais il est une chose que je dois dire à mes frères, Noirs, Blancs, Musulmans et appartenant à toutes ces minorités opprimées : en s’assurant leur juste place, qu’ils ne se rendent pas coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à étancher notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Livrons toujours notre bataille sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Il ne faut pas que notre revendication créatrice dégénère en violence physique. Encore et encore, il faut nous dresser sur les hauteurs majestueuses où nous opposerons les forces de l’âme à la force matérielle.

Ces justes revendications ne doivent pas nous conduire à nous méfier de tous les Blancs, de tous les chrétiens, de tous les athées. Comme l’atteste leur présence à nos côtés, nombre de nos frères de race blanche ont compris que leur destinée est liée à notre destinée. Ils ont compris que leur liberté est inextricablement liée à notre liberté. L’assaut que nous devons monter ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée associant des gens de toutes origines. Nous ne pouvons marcher tout seuls au combat. Et au cours de notre progression, il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Et s’il en est qui se demandent jusqu’où nous voulons aller, répondons-leur que nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que règneront l’injustice sociale et la brutalité policière.

Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos corps ne trouveront pas un abri décent dans les villes. Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nous resterons confinés dans des ghettos, entre nous.

Nous ne pourrons jamais être satisfaits tant que nos enfants seront privés de leur dignité, de la culture de leurs parents et condamnés à fréquenter des établissements scolaires de deuxième zone. Nous ne pourrons être satisfaits tant qu’une femme musulmane ne pourra être autorisée à accompagner un voyage scolaire du seul fait qu’elle porte un foulard. Non, nous ne sommes pas satisfaits, et nous ne serons pas satisfaits tant que des mesures ne seront pas prises pour en finir avec les discriminations, c’est à dire en offrant à ceux qui n’ont pas eu la chance de naître blancs et riches, plus de chances, plus de moyens, plus de possibilités qu’à ceux qui ont déjà toutes les chances. C’est à ce prix que l’égalité cessera d’être pour mes frères de France un vain mot.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous sortent à peine de l’étroite cellule d’une prison. D’autres viennent de cités où leur désir de liberté leur a valu d’être battus par les tempêtes de la persécution, secoués par les vents de la brutalité policière. Vous êtes les pionniers de la souffrance créatrice. Poursuivez votre tache, convaincus que cette souffrance imméritée vous sera rédemption.

Retournez à vos cités inhumaines, retournez à vos taudis et à vos ghettos, en sachant que, d’une façon ou d’une autre cette situation peut changer et changera. Ne nous vautrons pas dans les vallées du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons affronter des difficultés aujourd’hui et demain, je fais pourtant un rêve. C’est un rêve profondément ancré dans le rêve de ce pays. Je rêve que, un jour, votre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont égaux. »

Je rêve que, un jour, sur les avenues de la République, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens colonisateurs pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve que, un jour, les quartiers les plus brûlants des feux de l’injustice, tout brûlants des feux de l’oppression, se transformeront en oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau ou à leur religion mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve que, un jour, même à Fréjus, à Hayange ou à Béziers où le racisme est vicieux, où le maire a la bouche pleine des mots « valeurs chrétiennes » , « délinquance et immigration », un jour, justement, les petits garçons et petites filles, blancs, noirs, athées, arabes ou musulmans, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Telle est mon espérance. Telle est ma foi.

Avec une telle foi nous serons capables de distinguer, dans les montagnes de désespoir, un caillou d’espérance. Avec une telle foi nous serons capables de transformer la cacophonie de cette nation discordante en une merveilleuse symphonie de fraternité.

Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour. Ce sera le jour où les enfants pourront chanter ensemble un hymne plus doux que La Marseillaise.

Faites sonner la cloche de la liberté, de l’égalité et de la fraternité sur la tour Eiffel !

Faites-la sonner sur les puissantes montagnes des Alpes et des Pyrénées.
Faites-la sonner sur les hauteurs des Vosges et d’Auvergne.
Faites-la sonner sur les neiges du Jura.
Faites-la sonner sur les collines ondulantes du Béarn.
Mais cela ne suffit pas.

Faites-la sonner sur les Champs Elysée.
Faites-la sonner sur les plaines de la Beauce.
Faites-la sonner sur chaque colline et chaque butte de Bretagne, faites la sonner au flanc de chaque montagne.

Quand nous ferons en sorte que la cloche de la liberté, de l’égalité et de la fraternité puisse sonner, quand nous la laisserons carillonner dans chaque village et chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque cité, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants, les Noirs et les Blancs, les Arabes, les musulmans, les juifs et les gentils, les catholiques et les protestants, les Bretons et les Corses, pourront se tenir par la main et signer un nouveau contrat social, un nouveau contrat moral, dans lequel la France reconnaîtra ses crimes, regardera son histoire en face, et s’engagera enfin sur la voie d’une société ouverte à toutes les langues, à toutes les cultures.

Martin Luther King pour Dilhad Sul