La honte

On appelait ça le front républicain : quand le FN et l’UMP se retrouvent en concurrence au deuxième tour d’une élection, les électeurs de gauche, comme un seul homme, font élire l’UMP, à un résultat quasi bananier. .
Quand c’est l’inverse qui se produit, comme dimanche dernier, le président de l’UMP se torche du front républicain. Chacun appréciera, sans attendre le résultat du second tour.
Je serais de droite, j’aurais honte.

Caporal Butun

Ouest-Torche travaille pour les flics

Le tribunal correctionnel de Nantes a condamné le 16 juillet dernier, Grégoire Minday, 29 ans,  à 18 mois de taule, dont 12 ferme. Lors de la fameuse manif du 22 février 2014 contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, marquée par une grossière manipulation policière, Grégoire aurait brisé la vitrine d’une agence de voyages, descellé des pavés et commis des violences contre les forces de l’ordre. Sauf que, à l’audience, le prévenu a affirmé qu’il était ce jour-là à Rouen chez sa fille.
L’accusation s’appuie sur des photos transmises à la police par le journal Ouest-France. Le Canard Enchaîné a interrogé Philippe Boissonnat, rédacteur en chef, qui a répondu froidement : « On a reçu une réquisition de la brigade des violences urbaines, à laquelle nous ne nous sommes pas soustraits. » Quant à Cyrille Pitois, directeur de la rédaction de Loire-Alambic, il affirme, droit dans ses bottes et le doigt sur la couture du pantalon : « Nous n’avions pas l’option de refuser. On a donc transmis 16 clichés déjà publiés sur notre site. » Il ne semble pas que ces « journalistes » au garde-à-vous se soient posé la moindre question déontologique. Pour info, l’éthique des journalistes commandait jusqu’à présent de ne pas répondre à ce genre de sollicitations, même quand la loi y fait obligation.  Pour pouvoir continuer à exercer leur métier,  les journaleux ne peuvent pas être soupçonnés de renseigner les flics. Sinon, comment enquêter, comment couvrir une manif, comment donner des informations non officielles ?  Visiblement, c’est le cadet des soucis de ces gens qui ont depuis longtemps renoncé à enquêter, préférant servir la soupe aux annonceurs de l’agroalimentaire et de la grande distribution, voire aux tenants de la répression, comme ce fut le cas lors de ladite manif.
Au secours ! Nos vieux journalistes retraités, pour la plupart autodidactes, n’acceptaient guère que la flicaille s’aventure sur leurs platebandes. Ils peuvent constater une fois de plus la fiabilité de ces fabriques de carpettes normalisées que sont les écoles de journalisme.
Quant au Grégoire en question, incommodé par l’odeur nauséabonde qui commençait à monter du prétoire, il a préféré s’enfuir à vélo pendant que le tribunal délibérait. Encore un de ces dangereux écolos, cela ne fait aucun doute.

Saint Zano

Lilétrims maladi onteuze dè zabbatoar

Macron, le frais émoulu ministre de l’Economie, se fait taper sur les doigts à la suite de propos sur l’illettrisme des salariées de chez Gad. Quoi qu’on pense du bonhomme et de son gouvernement, il est décidément des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Ou peut-être que certains ne veulent pas entendre, afin de protéger l’agroalimentaire breton au-delà du raisonnable. C’est ce que l’on peut penser à lire les réactions de Malgorn et Le Fur. Quant à la déléguée CFDT, elle s’enfonce dans les marécages de la mauvaise foi et du déni. Et tous, les uns autant que les autres, ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent : pour eux, « illettrisme » est un gros mot. Ils ignorent sans doute que cette maladie prétendument honteuse affecte près de 10% des Français. C’est justement la honte, qui freine pas mal de gens, préférant se cacher que de s’inscrire dans des ateliers qui pourraient les en guérir. Pour info, l’illettrisme, terme inventé par ATD Quart Monde, caractérise des difficultés à l’égard de la lecture et de l’écriture, de la part de gens qui savent ou ont su lire et écrire, mais en ont pour la plupart perdu l’usage, souvent à cause de leur activité professionnelle. On pourrait ajouter que la France, avec son formidable arsenal éducatif, laisse sur la carreau 20% de ses jeunes à la fin de leur scolarité. Ou que 30% des CAP sont en difficulté vis à vis de la lecture. Pour en revenir à nos chers ateliers de découpe, une étude a en effet conclu qu’il y avait 40% d’illettrisme chez Gad et 30% chez Doux. Cela a d’ailleurs donné lieu à la mise en place d’ateliers pour prendre en charge les licenciés de l’agroalimentaire, dans le cadre du Pacte d’avenir pour la Bretagne. J’enverrais bien Malgorn à la chaîne pour qu’elle se rende compte de ce que ça signifie, physiquement et intellectuellement, ce genre de boulot… mais il serait sans doute préférable de l’envoyer directement à l’abattoir ! De toute façon, ces boîtes ne trouvent pas d’employés et sont obligées d’aller les chercher en Roumanie (250 employé sur 850 chez Gad à Lampaul, au moment de la fermeture).

aa  zillettrePour info, dans le film À la lettre, de Marianne Bessy, consacré à l’illettrisme en Bretagne, on voit un employé de chez Gad pris en charge dans un atelier de remise à niveau. Il explique n’avoir reçu aucune formation durant toute sa carrière (23 ans). On s’aperçoit aussi que c’est un cadre de la boîte qui l’a orienté vers cette formation, à laquelle la direction s’est montrée favorable, aux dires de l’animatrice (et à la grande surprise de l’employé, d’ailleurs). Ça bougerait un peu, donc. Mais dans ce cas, c’est un peu tard. J’ai aussi des potes du Morbihan qui forment à la vidéo des employés licenciés de chez Gad. Ils avaient l’impression d’être stupides et de n’exister qu’à travers leur travail. Ils retrouvent une dignité depuis qu’ils sont au chômage ! La défense de l’emploi a bon dos. Elle dissimule d’autres intérêts : ceux des exploiteurs de ces pauvres gens. Ci-dessous, quelques réactions imbéciles :

Annick Le Guével, déléguée syndicale CFDT de Gad Josselin : « On ne peut pas entendre de tels propos, c’est tout simplement scandaleux et infondé. Je suis atterrée. La formation est au cœur des débats dans l’entreprise… Alors pourquoi ces insultes ? C’est honteux pour nos collègues. »

Jean Marc Detivelle, délégué FO chez Gad : « C’est clairement du mépris. »

Bernadette Malgorn, présidente du groupe Droite et Centre au Conseil régional de Bretagne : « Par ses propos, le ministre de l’Economie a montré sa méconnaissance de l’industrie agroalimentaire bretonne. Dans ces entreprises il y a des femmes et hommes qui travaillent dur et se lèvent tôt le matin pour gagner leur vie. Les salariés de l’agroalimentaire ont su acquérir des compétences permettant à leurs entreprises d’obtenir des certifications aux normes européennes et américaines pour développer l’export… En ciblant les femmes, le ministre est par ailleurs tombé dans les stéréotypes que le gouvernement auquel il appartient entend combattre. »

Marc Le Fur, député UMP et Bonnet rouge : « Cette déclaration d’un mépris inimaginable en dit long sur le regard que pose le ministre de l’Economie sur la réalité de l’industrie bretonne dans laquelle il n’a jamais mis les pieds. Un jour, les pauvres sont traités de « sans-dent » et le lendemain, les ouvrières de Gad sont traitées d’illettrées. »

Bonjour le niveau !

Saint Zano