Journal d’un assassin

OK on enregistre…

Je m’appelle Mohamed. J’ai vingt ans. Je suis né dans le 9-3. Mes parents sont des Marocains. Mon père est venu travailler en France ouvrier dans le bâtiment. J’ai la double nationalité française et marocaine. Quand ça a commencé je m’en moquais des barbus. Ils me faisaient rigoler. J’allais jamais à la mosquée. Après j’ai commencé à me méfier d’eux. Et maintenant…

Il s’est passé quoi ? Mon cousin Abdel c’était un petit caïd de la cité. On fumait ensemble. On buvait ensemble. On draguait les filles ensemble. Abdel est mort. Il s’est fait sauter. Jamais j’aurais cru ça de lui. Jamais. Après y avait son portrait et son nom dans tous les journaux et à la télé on parlait de lui et de la cité. Les copains ont dit que c’était un héros un martyr. Au début je disais rien je me posais des questions. Pourquoi il a fait ça Abdel ? J’ai failli être sidéré. On parlait presque jamais de religion entre nous sauf des fois quand Abdel faisait sa sale tête ça le prenait d’un coup il parlait de tout faire sauter de l’enfer ici et puis du paradis là-bas. Ça a commencé après qu’il est sorti de taule mais pas tant que ça non plus. Mais quand j’ai vu comment ça a réagi après l’attentat…

Maintenant j’ai compris. Je vais toujours pas à la mosquée où c’est des vendus parce que j’ai compris. C’est incroyable un petit gars comme Abdel un petit dealer de rien du tout un moins que rien de la cité à lui tout seul il te transforme la France. Les françaouis ils tombent dans tous les panneaux. C’est là que tu vois à quel point ils sont cons. C’est Oussama notre chef celui qui organise qui me l’a expliqué mais c’est comme le nez au milieu de ta figure : après l’attentat ils mettent des flics et des militaires partout alors que l’attentat il a déjà eu lieu. C’est con ça non ? Tu penses bien que les frères après l’attentat y vont pas se montrer. Y paraît que c’est pour rassurer les Français de voir des flics armés jusqu’aux dents du fond parait que ça les rassure. Faut être con quand même ! Moi, ça me rassure pas du tout. Après les flics ils arrêtent tous ceux qui nous ressemblent histoire de nous énerver encore plus contre leur société. Alors de nouveaux frères comprennent et nous rejoignent. Le plan marche comme sur des petites roulettes. Ils parlent de déchéance d’état d’urgence. Ils annulent des concerts des matches de foot. Un attentat et ça change tout. Au lieu de montrer qu’ils aiment leur société leur musique leurs sports leur système leur façon de vivre ils font tout ce qu’on attend d’eux. Ils arrêtent tout. Dans le fond je crois qu’ils s’aiment pas.

La sidération c’est bien j’avais jamais entendu ce mot là avant. C’est les journalistes qui l’ont inventé je crois. Les gens sont sidérés ça veut dire que d’un seul coup ils s’arrêtent de respirer c’est comme s’ils étaient frappés par un rayon qui paralyse. On peut comprendre quand c’est leur fille qui s’est fait trouer qu’ils aient du chagrin de la colère la haine ou prier Dieu et tout mais ils sont sidérés même quand ils connaissent pas les morts. A condition que ça se passe pas trop loin de chez eux. En se disant qu’ils auraient pu y être alors qu’ils payent des impôts pour que ça flingue pas autour d’eux. Et quand ils sont sidérés ils ont plus aucun courage de se défendre ils pensent même plus à rien. Tu peux faire toutes les conneries que tu veux ils sont là la bouche ouverte en train de gober les mouches. Les présidents et les ministres y se privent pas de ce côté là ils les gavent de conneries pour faire monter la peur. Parce que les politiques et nous on a un point commun la peur ça nous arrange et la peur ça les arrange aussi. Et plus les sidérés ils regardent la télé plus ils sont sidérés. Ça me fait penser à Ben Laden aux tours à New-York. Les Américains ils en revenaient pas qu’on les attaque sur leur sol. Y en a qui disaient mais alors dans le monde y a des gens qui nous aiment pas ?  Ils croyaient qu’ils étaient tellement formidables que tout le monde les aimait. C’est quand même des pays de cons.

Alors même si tu fais que vingt morts c’est bingo. Il peut y en avoir mille en Syrie ou noyés dans la mer ou en train de crever de faim ils s’en foutent complètement ils sont pas sidérés. Ce qu’il faut c’est que la télé leur montre des gens morts qui leur ressemblent qu’ils habitent à côté de chez eux que ça pourrait être eux. Là ils sont sidérés. Alors que si les morts c’est des musulmans ou des Arabes bien sûr c’est pas des morts comme eux alors ils sont pas sidérés. Pour eux je suis même pas sûr que ce soient des êtres humains sauf des fois quand c’est des enfants quand même ça leur rappelle leurs petits à eux mais ça dure pas.

L’autre truc que je kiffe c’est quand les mécréants ils s’engueulent entre eux. Ils disent que les frères ont profité d’une mauvaise organisation de la police et de failles dans la surveillance et ils s’accusent les uns les autres. On dirait qu’ils voient pas qu’on est des centaines et qu’on peut se faire sauter n’importe où quand on veut que c’est pas possible à surveiller tout ça. Ils disent aussi qu’ils sont en guerre mais quand tu marches dans leur beaux quartiers tu vois bien que c’est pas la guerre. Y a pas de snipers. Y a pas de ruines. Y a pas de check-point. Y a pas de cadavres. Y a pas de mouches. Y a pas de coups de feu. Y a pas de sacs de sable. Et là on le voit bien qu’Allah il est avec nous. Que Dieu soit loué. Il suffit d’en tuer quelques uns pour mettre tous ces Européens à genoux. Ils ont peur. Ils sont morts de peur. Même s’ils ont une chance sur dix milliards de se faire tuer ils sont déjà morts de peur. Eux ce qui leur va bien c’est d’envoyer leurs soldats faire la guerre dans toute l’Afrique et le Moyen-Orient et puis c’est tout. Du moment que ça les empêche pas de vivre leur vie d’aller au supermarché et d’aller boire un coup en terrasse. Un truc qu’on fait pas nous aller boire un coup en terrasse dans ces quartiers-là. C’est pas chez nous. C’est pas chez moi. Chez moi c’est le paradis d’Allah que je vais rejoindre bientôt en martyr. Sinon j’aurais fait quoi de ma vie ? Crevé alcoolo à cinquante ans avec la maladie du ciment comme mon papa ? Descendu à trente ans par un dealer de la cité d’à côté ? En retraite de la police avec un ventre à bière après avoir fait chier les frères pendant toute ma carrière ? Non. Je vais mourir en martyr et j’aurai ma tête dans le journal comme celle d’Abdel. C’est ma seule chance de pas mourir minable.

La seule chose qui m’embête c’est que ça va faire pleurer maman.

 Mohamed *

 * Les prénoms ont été modifiés. 

La banane en dessert

Vous êtes dégoûtés.
Le dégoût vous dégobille de partout, jour après jour, sur vos mains, sur vos pompes, il vous dévore le visage, vous prend à la gorge avec son goût amer, son goût de fiel à la commissure des lèvres.

Et du dégoût au renoncement, il n’y a qu’un pas.

Vous dites :
Je ne sais pas
Je ne sais plus
Les mots vous semblent
Dérisoires
Les murs vous semblent
Infranchissables
Vos indignations
Semblent se perdre
Dans la nuit
Impuissants

Et pourtant…

J’étais hier à l’assemblée générale de l’association Amitiés kurdes de Bretagne et j’ai revu des amis Kurdes, j’ai revu des amis Bretons qui revenaient de là-bas.

Là-bas, au Kurdistan de Turquie, fascisme, massacres, tortures, la litanie. Et pourtant… les sourires, la banane. Oui, la banane !
Alors me sont revenues en mémoire les journées passées là-bas, les gens croisés, les paroles échangées. Il y a sans doute la même proportion de cons partout, mais on apprend au contact de chaque culture, de chaque façon d’être au monde. Ces Kurdes ne transmettent pas la haine à leurs enfants, ni le ressentiment, mais au contraire l’amour et le respect des autres, et notamment du peuple turc. Quand leur maison brûle, si certains jeunes prennent le maquis, des vieux reconstruisent. Avec la banane ! Bras d’honneur à l’hélicoptère qui tourne au dessus de leur tête, pour dire que leur humanité est indestructible. Que leur vitalité insultera toujours la barbarie des oppresseurs. Et que demain vaudra mieux qu’aujourd’hui. C’est ça, le message qu’ils envoient à leur enfants. Et c’est celui que j’ai reconnu, hier, dans les yeux de tous.

Alors, assez de dégoût ! Assez de bavardages ! Il faut reconstruire la maison. Il faut aider les Kurdes comme il faut aussi aider les exilés de tous les pays, fuyant la guerre ou la misère, à trouver un toit. Les décisions iniques des tarés qui nous gouvernent ne doivent pas nous laisser dans un état de sidération. Les bras m’en tombent ! C’est rien, mec, t’as qu’à les ramasser !

Partout, des citoyens et des non-citoyens, des associations ouvrent les bras, lèvent le coude et donnent un coup de main : une virée en bagnole, une paire de pompes, une partie de foot ou d’échecs, un cours de français, un bœuf musical, un bifton, un steak-frites, une paperasse à remplir, une planque pour un mois, un brin d’humanité… Avec la banane en dessert, ils chassent le dégoût. Ils apprennent à s’organiser, à expérimenter d’autres façons d’agir et de décider. Si un jour c’est leur propre maison qui brûle, ils seront prêts : ils sauront la reconstruire. Avec la banane !

 Gérard Alle

François vs tonton

Le pauvre Hollande est si nul et si maladroit que le voici presque rendu au niveau de popularité de Marc Dutroux. François Mitterrand, le seul socialiste président de la Vème république à qui on puisse le comparer était un filou d’un autre trempe et d’une autre envergure mais adulé des foules grace à son charisme de vampire.
En 1956, Mitterrand a 40 ans et déjà derrière lui une solide carrière de coquin. Pétainiste jusque fin 1942, il devient soudain résistant et finit ministre de Charles de Gaulle à la Libération. La IVème République lui offre alors de nombreux maroquins et quand l’infâme Guy Mollet est nommé président du Conseil, Mitterrand le suit à la Justice. La guillotine tourne à plein régime en Algérie. Notre brave Tonton a la haute main sur les demandes de grâce en tant que garde des Sceaux. 45 militants du FLN lui doivent directement la mort. En 1984, à 40 ans, Francois Hollande n’a toujours tué personne.
Sauf un soir de 1985, en pleine affaire Greenpeace, alors qu’ils reviennent en voiture d’un diner avec Ségolène et les enfants, Francois écrase par mégarde un petit lapin. Il faut dire que Ségolène vient de lui avouer que son nageur de combat de frère, Gérard, est mouillé jusqu’au cou dans le sabotage du Rainbow Warriors ordonné directement par le Dracula de Château-Chinon. Fernando Pereira est tué par la mine posée sur la coque du bateau. Jean Luc Kister, l’auteur du sabotage, est récupéré par Gérard Royal sur un Zodiac. Sur les 210 essais nucléaires français 97 ont été réalisés sous la présidence de François Mitterrand. En 1988 il est réélu avec 54% des voix et le soutien des écolos. Renaud Séchan paye même une campagne de publicité dans les journaux pour supplier le Nosfératu de la rue de Bièvre de se représenter.
En 2017 pour conduire les socialistes à la victoire il n’y a qu’un homme. Il est député de Loire-Atlantique, président de la commission des lois et s’appelle Dominique Raimbourg. Comme c’est le fils d’André Raimbourg plus connu sous le nom de Bourvil, cet homme-là ne peut être complètement mauvais.

Cap KRAM

Rendez-vous au contoir !

affiche#3Nolwenn Champagne est une gourmande – que ce soit de mots, de vie ou de gâteaux, tout est bon ! Du pas triste et du savoureux en perspective…

Un spectacle à partager en famille à l’heure du goûter, au Trémargad Kafé… Entre deux crêpes chaudes dégustées sur place !

Le 20 mars 2016 à 15 heures, laissez tomber le foot, les dominos ou le tournoi de bingo et foncez au Trém’ Kafé : emmenez Kiki, l’oncle Octave, la cousine Violette et mémé Amandine pour boire un coup et se régaler d’histoires…

Le CONTOIR à Trémargat, c’est chaque 3ème dimanche du mois au Trémargad Kafé, à partir de 15 h, d’octobre à avril.

Micro ouvert à tous en première partie et chapeau circuleur pour y déposer vos contributions volontaires !

Prédictions

Aujourd’hui

Il n’y a plus de gardiens de phares
Il n’y a plus de marins-pêcheurs
Il n’y a plus de caboteurs
Il n’y a plus de sardines
Il n’y a plus d’usines
Il n’y a plus d’ouvriers
Il n’y a plus de bistrots
Il n’y a plus de tenancières
Il n’y a plus de talus
Il n’y a plus de campagne
Il n’y a plus de paysans
Il n’y a plus petits commerces
Il n’y a plus de petits commerçants
Il n’y a plus d’artisans
Il n’y a plus de bâtiment
Il n’y a plus de transports
Il n’y a plus de transporteurs
Il n’y a plus de bureaux de poste
Il n’y a plus de facteurs
Il n’y a plus de médecine
Il n’y a plus de médecins

Heureusement

Il y a Areva
Il y a Intermarché
Il y a Amazon
Il y a Leclerc
Il y a la FNSEA
Il y a Bouygues
Il y a Vinci
Il y a Veolia
Il y a Facebook
Il y a Google

Il n’y a plus de travail
Il n’y a plus de travailleurs
Il n’y a plus de chômage
Il n’y a plus de chômeurs

Heureusement

Il y a les esclaves
Il y a les robots
Il y a les actionnaires
Il y a les paradis fiscaux

Demain

Il y aura une grande tempête
Il y aura un grand coup de vent
Il y aura un changement de temps

Dans le désert

Maurice Bihan

 

Des trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous…

Un voisin de Nassredine le vit un jour, pelle et pioche en main, creuser avec application un trou dans son jardin. Ceci, afin « d’enterrer des ordures encombrantes », l’informa le Hodja.

- Fort bien, opina le voisin ; mais dis-moi, Ô Nassredine, que feras-tu ensuite de ce tas de terre inélégant qui restera, une fois tes ordures enterrées ?

- Voyons ! Je creuserai un deuxième trou, dans lequel je mettrai la terre du premier.

- Et le tas de terre du deuxième trou, qu’en feras-tu ? Insista le voisin.

- Allons, assez de questions, répliqua Nassredine avec agacement, et laisse-moi travailler : je n’ai pas le temps de t’expliquer mon plan.

Alice Duffaud

Le fantôme d’Hannah tacle l’infâme Manuel

« Expliquer le djihadisme, c’est déjà vouloir un peu excuser. »
« J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques à ce qu’il s’est passé. »
« Aucune excuse ne doit être cherchée, aucune excuse sociale, sociologique et culturelle.»

Manuel Valls a multiplié les petites phrases, pour condamner ceux qui cherchent à comprendre et ne pensent pas que les auteurs des attentats de novembre venaient de la planète Mars. Bien sûr, ces phrases sont à l’image d’une classe politique marquée par le dédain envers l’histoire et la littérature cultivé par les énarques. Je propose à Valls et à ses semblables une leçon qu’ils ne liront jamais, trop préoccupés par leur com et les prochaines échéances électorales. Tant pis pour eux. Elle est signée Hannah Arendt, qui leur répond par avance, comme à tous ceux qui seraient tentés de nous dénier le droit de chercher à comprendre.

« Le fait que la réconciliation soit inhérente à la compréhension a donné lieu à une mésinterprétation commune selon laquelle « tout comprendre c’est tout pardonner ». Pourtant, le pardon a si peu de commun avec la compréhension qu’il n’en est ni une condition ni une conséquence. Pardonner (certainement l’une des plus grandes facultés humaines et peut-être aussi l’une des plus audacieuses dans la mesure où il s’agit de tenter une chose apparemment impossible, à savoir de défaire ce qui a été fait et permettre un nouveau départ alors que tout semblait terminé) est une action singulière qui culmine en un acte unique. Comprendre est sans fin, et par conséquent cela ne peut pas produire de résultats définitifs ; c’est une façon de vivre profondément humaine, car chacun a besoin de se réconcilier avec le monde dans lequel il est né et auquel, de par sa singularité, il restera toujours étranger. La compréhension commence avec la naissance et se termine avec la mort. »

Hannah Arendt, tiré d’un article paru dans Partizan Review, en 1953

 Gérard Alle

1

Marcel de la Gare 

Mimi la souris à Calais

Mimi a 20 ans et des brouettes. Minuit passé, elle est assise dans un profond canapé de cuir vert élimé, à l’angle timidement éclairé d’une longue baraque à musique. De ses bras, épaules rentrées, elle entoure ses jambes pliées. La position est confortable. Rassurante, elle a un goût d’enfance. La jeune fille avait des rêves. « Quand je serai grande (…) » Mimi sera en liberté surveillée dans un camp sauvage, au Nord de la France. Et la Grande-Bretagne lui fermera ses portes. Elle pose son menton sur ses genoux et réfléchit à la condition qui est la sienne. Il y a 5 mois, avec sa copine Betty et son jeune frère de 16 ans, elle a fui l’Érythrée et son régime totalitaire. Jusqu’au Liban d’abord, en avion. Puis, à pied, en voiture, en bus, elle a traversé la Syrie et la Turquie. De là, elle embarqué sur un rafiot pour rejoindre les côtes grecques. Enfin, elle emprunté la route des Balkans. L’Allemagne, la Belgique, la France, Calais. Si c’était difficile ? Elle esquisse un sourire gêné : « C’était très dur… » Lorsque Mimi lève les yeux pour regarder autour d’elle, elle voit des hommes. Des Érythréens, comme elle. En transe. Ils dansent, chantent, fument, boivent. Puis lèvent les poings. Les chaises volent. Les coups pleuvent. Un regard de travers, un coupé-décalé trop décalé… Ces jeunes hommes ont fui le service militaire national à durée indéterminée, lequel reproduit la vie terrible du maquis et soutient « des pratiques comparables à l’esclavage » (rapport de l’ONU). À Calais, ils déjouent les assauts lacrymogènes répétés des CRS et la menace des nazillons qui rodent en lisière de “jungle”. Mimi ne danse pas. Elle chante, parfois, quand Ziggy Marley coupe l’herbe sous le pied des chanteurs populaires érythréens. On le lui fait remarquer, elle à un prénom de chaton, né en France. Elle sourit. C’est pas la première fois qu’on le lui dit. Le chat de Banksi, graffé sur la ruine d’un immeuble désossé de Gaza, se projette sur les draps blancs posés aux murs de la baraque. Il clignote. Alerte à l’indifférence. On ne lui dira pas : il eut mieux fallu, pour Mimi, naître chaton pour trouver, en Europe, un peu de compassion. Au pays des Droits de l’homme (et pas des chatons), Mimi est une souris que l’on écrase sous des souliers cirés de cuir pour l’empêcher de rejoindre la cale d’un ferry anglais.

Sainte Agnès

a migrants

Chiottes à la turque

Erdogan a vendu des armes à Daesh.
C’était pas assez.
Erdogan a fait passer par milliers en Syrie les djihadistes venus d’occident.
C’était pas assez.
Ses services secrets ont assassiné trois femmes en plein Paris.
C’était pas assez.
Dans des villes de l’est de la Turquie, les snipers d’Erdogan ont pris position sur les toits pour tirer sur tout ce qui bouge.
C’était pas assez.
Il a mis en prison les défenseurs des droits de l’homme et les élus politiques du parti pro-kurde.
C’était pas assez.
Alors, il a mis Diyarbakir, au Kurdistan de Turquie, en état de siège.
C’est pas assez.
Les gens sont forcés à quitter leurs maisons, entassant quelques maigres effets sur des charrettes, avant de prendre le chemin de l’exil.
C’est pas assez.
Des quartiers entiers sont bouclés, dans lesquels l’armée turque peut torturer, assassiner impunément.
C’est pas assez.
Elle gaze soixante Kurdes dans une cave.
C’est pas assez.
Quelques jours plus tard, vingt-cinq sont brûlés vifs.
C’est pas assez.
Le lendemain, vingt autres personnes, des femmes, des enfants, sont assassinées.
C’est pas assez.
Hier, l’armée turque a commencé à bombarder les Kurdes qui ont libéré Kobanê.
C’est pas assez.
Erdogan utilise les migrants comme une arme, face à la lâcheté de l’Europe. Si vous m’empêchez de massacrer qui je veux quand je veux, je vous en envoie cent mille, demain.
C’est pas assez.
On lui verse trois milliards d’euros.
C’est pas assez.
Erdogan annonce que la Turquie et l’Arabie Saoudite vont lancer une opération terrestre en Syrie, contre les « terroristes » kurdes.
Ce ne sera pas assez.

Journalistes, rédactions, presse écrite, télévisions, agences de presse, société civile, je ne vous entends pas. Vous criez si fort, parfois, pour presque rien. Combien de petits Aylan vous faut-il encore pour faire le buzz ?

Décideurs politiques, bande de lâches ! obsédés par votre seule réélection, qui laissez mourir ceux qui fuient ces guerres, qui laissez s’entasser les migrants dans le dépotoir de Calais, avant de le raser, bientôt, démagogues ! Honte à vous ! Honte à vous qui servez la soupe à Erdogan ! Honte à toi, police française, qui forme les flics turcs à la répression des masses ! Honte à vous, ministres marchands d’armes, pitoyables serviteurs de la mort !

L’Histoire se souviendra de vous comme étant ceux qui ont collaboré à ces ignominies, et les écoliers de demain, libérés de votre propagande, ne pourront que faire le rapprochement avec ceux qui, au XXème siècle, ont collaboré à d’autres ignominies.

Et si le but de vos tristes manœuvres est votre réélection, que pas une voix ne vienne demain vous conforter dans votre état d’urgence, dans votre déchéance de la nationalité et dans vos lamentables compromissions.

On va vous laisser crever dans votre merde avec votre frère jumeau FN. Vous ne gouvernez déjà plus que le no man’s land de vos propres illusions.

Maurice Bihan

LE CONTOIR – 2

L’ 21 février à l’heure du goûter, laissez tout tomber et v’nez au Trém’Kafé !

A 15 h, au Trémargad Kafé, le GAT, la Pépie et Le Contoir auront le plaisir de recevoir « ET SI ? » Duo, artistes rennais aux talents multiples !

Marie Diaz et Aurélien Daniélo vous emportent à bord du tapis volant « ET SI » duo : au fil des images et des sons, vous voyagerez des landes de Bretagne jusqu’aux bazars d’Orient en passant par l’Andalousie ou l’Altiplano… rencontres et surprises garanties !

Musiques et contes traditionnels revisités se mêlent aux créations en laissant une large place à l’improvisation sonore. Les instruments variés dessinent une large palette d’atmosphères. Les chants à deux voix en breton, arabe et espagnol participent pleinement à la narration. Un appel d’air pour l’imaginaire ! Avec un micro ouvert en première partie : pensez à vous inscrire en arrivant !
Participation volontaire au chapeau. Ça sent d’ici les crèpes, les voyages et les bons moments… N’hésitez plus… Rejoignez-nous !

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